lundi 18 janvier 2010 - MADIOR FALL, COORDONNATEUR DU JOURNAL SUD QUOTIDIEN
’’2010 sera l’année de toutes les incertidues’’
NETTALI.NET-De l’avis du journaliste Madior Fall, si 2009 a été une année de difficultés dans les segments du pays, tout ne sera pas rose en cette année 2010. En effet, pour le coordonnateur et rédacteur en chef du journal « Sud quotidien », ’’2010 est l’année de toutes les incertitudes’’.

M. Fall, qu’est ce qui explique cette campagne électorale avant même 2012 ?

Je m’inquiète et je ne vois pas pourquoi cette frénésie dans tous les camps. Peut être que la classe politique a une information que le commun des Sénégalais ignore. Parce qu’autrement, il est injustifiable, inexplicable et inutilement coûteux de faire une campagne électorale à partir de cette période. C’est même en contradiction avec les propositions de changement des dispositions du code électoral pour réduire la campagne de 21 jours à 15 jours.

Ne pensez-vous pas que cette campagne va s’accentuer dans le camp du pouvoir avec les opérations de renouvellement et de vente des cartes du Pdsl, notamment avec la nomination de Karim Wade comme superviseur à Kébémer ?

Je veux attendre de voir le parachèvement de ces renouvellements. Le Pds, depuis 1996 n’a pas renouvelé ses instances. En 1998, ils avaient commencé, mais ils ont arrêté, comme c’était le cas avec Macky Sall. Est-ce que ce qui faisait qu’ils arrêtaient, a disparu ? Quels sont les éléments nouveaux qui les amènent à commencer le processus ? J’attends de voir, comment tout cela va se terminer. Est-ce que ce n’est pas simplement un effet de manche, un effet d’annonce pour amuser la galerie ? J’attends de voir la matérialisation de ces actes. Est-ce que le parti et les gens ont changé ? Deuxièmement, l’arrivée de Karim Wade dans le dispositif. J’ai quelques difficultés pour parler de Karim. Il y a quelque chose qui sort des normes. La norme veut qu’on aille à l’école, qu’on grandisse, qu’on fasse ses preuves. Depuis Pasteur, on sait qu’il n’ y a pas de génération spontanée. Alors Karim sort d’où ? Que son père décide d’en faire un super ministre, c’est son droit. Ce que l’expérience montre d’un point de vue historique et du point de vue des éléments dont nous disposons sur lesquels on peut au moins discuter, c’est que jusqu’ici la mayonnaise n’a nulle part pris. Toutes les tentatives ont été vouées à l’échec. Est- ce que cela va aboutir à bon terme ? Je ne veux discuter des faits. Karim n’est pas la tasse de thé des Sénégalais et il ne saurait l’être. S’il devait se prononcer, il devrait le faire sur sa gestion. Quelles sont ses réponses aux accusations portées contre lui sur sa gestion à l’Anoci ? L’opinion veut savoir les biens publics mis à sa disposition et l’utilisation qu’il en a faits.

Quel est le schéma successoral de Me Wade ?

Je ne sais pas si Wade a un schéma successoral. Au demeurant, il a le droit d’avoir un schéma à son niveau mais, je n’ai pas encore connaissance que le Sénégal s’est transformé en royaume. Jusqu’ici c’est une République et les modes de dévolution du pouvoir sont clairement définies par la Constitution. On ne l’a pas encore modifiée pour ramener le fameux article 35 de Diouf de 1980. Je veux me convaincre que le seul schéma possible, c’est le suffrage universel. Les Sénégalais, le 22 mars, ont dit très clairement qu’ils n’accepteront pas une dévolution monarchique du pouvoir. C’est cela le message du 22 mars. Qu’est ce qui a changé entre temps pour qu’ils changent d’opinion sur la question ?

Qu’est-ce qui explique la déclaration prématurée de la candidature de Me Wade ?

Peut être, il y a plusieurs raisons. D’abord au plan interne, dans son parti, il a eu plusieurs difficultés. Le 22 mars est passé par là et il a montré que la mayonnaise ne pouvait pas prendre. Wade ne pouvait pas imposer son fils, et même si par ailleurs, il n’a pas de parti mais un conglomérat de gens autour de lui-même, ces derniers ont été hostiles à ce qu’il a proposé. Deuxièmement, il y avait des problèmes de sécurité, de survie de son système qui était mis en cause et même des problèmes de sécurité de l’Etat, parce qu’il en était arrivé à une situation où, tout était possible, toutes les aventures possibles. Wade avait donc besoin de tout rétablir. La bonne question est, est-ce qu’une candidature de quelqu’un qui a 86 ans est sérieuse. Dans la vie, deux personnes sont disqualifiées d’office dans la gestion de la maison et de l’Etat : l’enfant et le vieillard. Le vieillard, on lui demande conseil, mais il ne gère pas la maison. C’est le père de famille qui gère jusqu’à 75 ans. Au-delà, on lui donne un pliant et on le couve. L’enfant aussi ne gère pas la maison, tout comme l’Etat. La preuve, il faut avoir 35 ans pour briguer le suffrage des Sénégalais. Si on a ouvert une parenthèse d’un côté, il faut l’ouvrir de l’autre. Comme dans d’autres constitutions, il faut arrêter l’âge limite à 75 ans. Je pense que cette candidature de Wade n’est pas rationnelle. Elle ne repose sur rien, maintenant si elle permet au Pds de ne pas exploser, c‘est bon. Au demeurant, cela du point de vue de notre pays, elle (la candidature de Wade) n’est pas sérieuse, car le Sénégal n’est pas aussi déficitaire de citoyens capables de le diriger.

Que pensez-vous de la problématique de l’unité de l’opposition ?

Pourquoi les gens devraient réfléchir sur la problématique de l’unité de l’opposition ? L’élection présidentielle, c’est la rencontre d’un individu avec son peuple. Ce n’est pas une affaire de coalition, mais d’un individu qui fait des propositions si tant est qu’on reste dans le régime présidentiel. Donc la question de l’unité passe au second plan. La problématique se pose à un autre niveau. Est ce qu’il est possible d’avoir une nouvelle alternance dans notre pays ? Est-ce que les citoyens sont suffisamment matures pour aller voter ? En tout cas, ils ont montré qu’ils étaient capables d’aller voter et de voter là où ils veulent. Maintenant il revient à la classe politique d’argumenter, de lui offrir un programme et des projets pour y adhérer.

Que pensez-vous de l’attitude de Macky Sall qui est dans Benno, mais qui parle de la création d’un troisième pôle ?

Macky Sall procède de la même logique que Karim Wade. Les générations spontanées n’existent pas, et nous avons des exemples historiques avec Djibo Kâ qui eu a 11% à l’élection de février de 98. Après il a dégringolé et peine à avoir 3%. Idrissa Seck a eu 700.000 voix à la présidentielle de 2007, et il a eu moins de 200.000 aux dernières locales. Où sont passées les 500.000 voix ? L’histoire veut que les gens aient des vécus historiques et Macky Sall devra faire ses classes. Quelle est son offre ? Aujourd’hui objectivement parlant, qu’est ce qu’il propose ? Nous attendons qu’il nous prouve ce qu’il peut faire. Il y va même de la crédibilité de notre citoyenneté, car, il nous faut avoir la possibilité de mesurer ce que chacun peut faire et ce qu’il veut faire. C’est nous la presse, qui passons tout notre temps à créer des gens inutilement et cela ne repose sur rien du tout. Nous avons des responsabilités sur cette question. Nous ne sommes pas le peuple et laissons lui le soin de choisir ses dirigeants et nous dirons, voilà les dirigeants du peuple.

Comment voyez-vous l’influence des groupes religieux dans un contexte politique marqué par le débat sur la succession ?

Je n’ai pas compris, comment le pouvoir politique s’est débrouillé pour ramener le pouvoir religieux dans la sphère politique. En 2000, les citoyens sénégalais ont décidé de ramener les religieux dans les mosquées. Tous ceux qui avaient des connotations religieuses se sont plantés, mais après son élection Wade va s’agenouiller à Touba. Pour nous, c’était une question réglée mais Wade fait le coup de nous les ramener.

Que nous réserve 2010 sur le plan social ?

Nous ne nous sommes pas encore remis de la crise de 2007 qui s’est accentuée en 2009, une année difficile dans tous les segments (éducation, santé, agriculture…). Sur le plan politique, il y a cette incertitude et on ne sait pas de quoi ça retourne. Autant 2009 a été une année de toutes les difficultés, autant 2010 le sera avec l’angoisse et l’inquiétude, et la question de la Casamance qui viennent s’ajouter aux difficultés. En début d’année, on a vu l’arrivée sur la sphère publique du clergé. Est-ce que les conflits vont être absorbés et résolus ? Il y a des inquiétudes sur ce plan là.

- Par FATOU SY -


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