mardi 2 février 2010 - DIPLOMATIE SOUS-REGIONALE
Comment Wade se fait doubler par Compaoré...
NETTALI.NET - L’élection du président de la Commission de la Cedeao doit avoir lieu en février 2010 à Abuja à l’occasion d’un sommet extraordinaire des chefs d’Etat. Le Sénégal et le Burkina-Faso trustent le poste. Cette « campagne électorale » est révélatrice de la perte d’un leadership sous-régional pour le président Wade. Les ambitions du président Compaoré sont passées par là...

Dakar veut installer l’ancien ministre Aziz Sow à la tête de la commission de la Cedeao. Son actuel président, le Ghanéen Mohamed Ibn Chambas, a été nommé secrétaire général du Groupe des Etats d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (Acp) à Bruxelles et doit quitter son poste en mars. Ancien ministre de l’Intégration africaine et du Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (Nepad), Aziz Sow aura en face de lui le Burkinabé Kadré Désiré Ouédraogo, 57 ans, qui fut pendant cinq ans Premier ministre du président Blaise Compaoré. Le gouvernement Sénégalais, met en avant le « passé récent » de M. Sow comme ministre de l’Intégration et du Nepad, son bilinguisme, « sa maîtrise des arcanes de l’institution ainsi que son expertise en matière de gestion. »

Ancien vice-gouverneur à la Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Bceao) au moment de sa nomination surprise à la tête du gouvernement burkinabé en 1996, inconnu du sérail politique local, Kadré Désiré Ouégraogo avait endossé ses habits de Premier ministre avec une étiquette de technocrate. Il a passé quatre ans à la tête du gouvernement. Depuis 2001, il a entamé une carrière de diplomate qui l’a mené à Bruxelles, avec compétence auprès de la couronne Britannique.

C’est la première fois qu’un Sénégalais truste la présidence d’une organisation sous-régionale depuis la fin des mandats de Moussa Touré à la tête de la Commission de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa) dont le siège se trouve à...Ouagadougou. Aziz Sow ne part pas avec la faveur des pronostics en raison de l’expérience de son challenger dans la haute administration (ancien Premier ministre) et des questions d’intégration sous-régionale (ancien numéro deux de la Cedeao) et de l’activité frénétique de la diplomatie du Faso qui a retiré la candidature de l’actuel vice-président, Jean de dieu Somda pour présenter celle de Kadré Ouédraogo, dont le pedigree (bac maths-élém, classes prépa en France, diplôme de Hec-Paris, sciences-éco à la Sorbonne) n’est pas négligeable…

Comme le président Wade le fait depuis décembre 2009 en envoyant son ministre des Affaires étrangères dans les capitales ouest-africaines pour donner un coup de pouce aux chances de Aziz Sow, les Burkinabés ne restent pas les bras croisés et jouent leur carte à fond. Dans le quotidien pro-gouvernemental, « Sidwaya », il était récemment question du listing des bons points du « pays des hommes intègres » : le Burkina Faso se serait ainsi efforcé d’être le porte-parole de l’Afrique sur les questions relatives aux crises du continent, notamment en Guinée Bissau, en Côte d’Ivoire, en République Démocratique du Congo, en Somalie, au Tchad, en Centrafrique, au Soudan, en Erythrée, Djibouti et plus récemment en Guinée. Le journal soulignait le rôle du Président du Faso, Blaise Compaoré dans les processus de sortie de crise en Côte d’Ivoire, au Togo et en Guinée, de même que le déploiement du bataillon « Laafi » pour le soutien à la paix au Darfour…

Cette élection a lieu dans un contexte lourdement chargé en raison des périls qui pèsent sur la stabilité de l’Afrique de l’Ouest avec la crise politico-institutionnelle en Guinée, qui, au voisinage de la Sierra Leone et du Libéria, tout juste sortis d’une décennie de guerre civile, vit sous la menace d’une résurgence des bandes armées qui sévissent dans les zones forestières ; plus au nord, les Etats Sahariens de la sous-région (Mali et Niger) doivent faire face aux menaces de Aqmi (Al-Quaïda au Maghreb Islamique). Si l’intégration économique en Afrique de l’Ouest avance à grands pas, les questions de paix et de sécurité, de bonne gouvernance, de lutte contre la faim et les maladies, d’éducation des masses et d’arrimage soutenu au train de la mondialisation restent souvent en suspens… C’est rappeler donc l’intérêt que constitue la présidence de la commission de la Cedeao.

Le Burkina-Faso et son président, c’est de notoriété publique, depuis le début des années 90, sont impliqués dans toutes les grandes crises sous-régionales : Les diamants du Liberia et de la Sierra-Léone, la déliquescence de l’Etat Guinéen et l’impasse politique Ivoirienne en voie de résolution avec la tenue d’une présidentielle dont l’issue devrait mettre fin à onze ans d’instabilité. Si le Burkina-Faso et son président n’ont pas été des acteurs de premier plan (accès aux matières premières), ils ont soit subi leur géographie (migrations et peuplements du Nord de la Côte d’Ivoire) ou alors matérialisé une volonté de leadership (contrôle du processus de normalisation politique en Guinée) que ne leur autorisent pourtant ni leur poids économique, ni leur intérêt stratégique, encore moins leur influence diplomatique. Alors, tout tiendrait-il dans la gouaille du « beau Blaise » ?

Au moment de la prise du pouvoir par Me Wade en 2000, les acquis du Sénégal étaient indéniables. Les succès diplomatiques du Sénégal, notamment sur « comment le pays a pu faire élire Babacar Ndiaye à la tête de la Banque africaine de développement en 1985, Jacques Diouf à la direction de la FAO en 1993 », sont longuement expliqués dans le livre de l’ancien ambassadeur Falilou Kane. Pourquoi Air Afrique n’a pas éclaté en 1971 à la suite d’un différend entre les présidents Senghor et Houphouët-Boigny ? Qu’est-ce qui a fait éviter une guerre entre le Zaïre de Mobutu et le Congo-Brazzaville ? Si les témoins de l’histoire politique du Sénégal ne font pas dans un certain chauvinisme, ils relèvent néanmoins le départ qu’il y a entre les années 70, 80 et 90 et la « mauvaise passe diplomatique » du Sénégal depuis quelques années. Certes, très vite, le président Wade a innové en rompant avec la langue de bois en cours lors des grandes rencontres internationales. Les bons points de Wade ne manquent pas aussi : à partir de décembre 2001, il est successivement nommé président en exercice de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa) et de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cedeao).

Le Sénégal a de bonnes relations avec ses voisins ; son leadership dans la conception du Nepad est incontesté… Les accords de cessez-le-feu de Bouaké, les médiations à Madagascar, en Guinée-Bissau, la gestion concertée de l’émigration clandestine avec l’Espagne, les retrouvailles avec la Chine, la présidence et l’organisation du sommet de l’Oci ; et, surtout, la médiation en Mauritanie sont à mettre à son actif. Il est vrai que l’entregent de l’ancien ministre des Affaires étrangères, Cheikh Tidiane Gadio et la solidité de l’axe Washington-Dakar y sont pour beaucoup.

Si le président Compaoré, qui traîne comme un boulet la tragédie qui a accompagné sa prise du pouvoir avec l’assassinat de son « ami », le capitaine Thomas Sankara, est maintenant le nouveau médiateur en chef, si la bête noire des organisations de défense de la liberté de la presse depuis l’assassinat du journaliste Norbert Zongo peut être un nouveau messie, s’il a réussi à se forger l’identité du sage de la sous-région, c’est que la plupart de ses pairs n’en mènent pas large. La personnalité propre de l’homme-Wade n’est pas pour arranger les choses : la baisse des fréquences des visites de chefs d’Etat à Dakar, la rareté de Sénégalais à la tête d’institutions internationales et l’échec de sa médiation en Guinée en attestent.

On est bien loin de l’époque où Ahamadou Moctar Mbow se faisait élire haut la main comme directeur général de l’Unesco, l’une des plus importantes organisations du système des nations-unies. A qui la faute si l’élection d’un Sénégalais à la présidence de commission de la Cedeao est indécise, voire improbable ? Sans doute à un certain isolement consécutif à la diplomatie « personnalisée » du régime de l’alternance. Mais aussi à la naissance de nouvelles ambitions sous-régionales. Dakar n’est plus la capitale de l’Afrique occidentale Française ; son port n’est plus le premier de la sous-région, ses écoles et universités ont maintenant de sérieuses concurrentes ; le mythe du Sénégal, fils aîné de la France en Afrique de l’Ouest s’est effondré et avec lui, la fausse idée que tout (ou grande partie) devait revenir au « pays de la Teranga ».

L’air de rien, le président Blaise Compaoré s’affiche de fait comme le nouveau « parrain » de la sous-région. La diplomatie, dit-on, c’est faire et dire les plus vilaines choses de la manière la plus élégante. Et au jeu de la ruse, le président Wade se fait doubler sur son propre terrain…

- Par Papisco -

  • Comment Wade se fait doubler par Compaoré...

    3 février 01:45, par Ibrahima Sadikh NDour
    Il y a un fait déterminant que vous semblez minimiser : la qualité de la candidature burkinabé en mettant un focus sur le « bilinguisme » d’Aziz Sow ainsi que « sa maîtrise des arcanes de l’institution et son expertise en matière de gestion. ». Vous même reconnaissez que le pedigree de Kadré Désiré Ouédraogo est « non négligeable ». Il est plus que important sinon meilleur de très loin à celui de Aziz Sow tant sur le plan universitaire (bac maths-élém, classes prépa en France, diplôme de Hec-Paris, sciences-éco à la Sorbonne) que professionnel (ancien numéro deux de la Cedeao, ancien Premier ministre, ancien Vice Gouverneur de la BCEAO, ambassadeur du Burkina à Bruxelles avec compétence auprès de la couronne Britannique). Il n’y a pas photo entre les deux !!! Bien que sénégalais et soucieux de voir l’étendard du Sénégal toujours hissé le plus haut possible, l’objectivité me dicte de regarder la réalité en face. De plus, en faisant prévaloir le principe « the right man at the right place », que nous ne cessons d’exiger vainement de Wade et de son gouvernement, Monsieur Kadré Désiré Ouédraogo sera certainement élu non pas grâce à « l’activité frénétique de la diplomatie du Faso » comme vous le dites, mais grâce à ses compétences et à sa connaissance de la CEDEAO. À mon avis, le problème de la défaite annoncée d’Aziz Sow réside plutôt dans l’attitude partisane et de rejet de Wade à l’égard de tous les sénégalais qui ne le soutiennent pas en dépit de leurs compétences et crédibilité à travers l’Afrique. Si Wade était sincère et voulait véritablement que le Sénégal soit porté à la tête de la CEDEAO, il aurait convaincu et proposé la candidature de patriotes tels que Mamadou Lamine Loum, par exemple. Un tel geste de sa part l’aurait certainement réconcilié avec beaucoup de sénégalais. Les dirigeants de certains pays le font en taisant toute querelle lorsqu’il s’agit d’intérêt national. Par exemple, la France a procédé de la sorte pour ne pas perdre le poste prestigieux de Directeur Général du Fonds Monétaire International (FMI). En effet, Sarkozy s’était assis sur l’égocentrisme qui le caractérise pour proposer et soutenir activement la candidature de Dominique Strauss Khan, un opposant à lui et probable candidat aux prochaines élections françaises (face à lui) parce que ce dernier avait meilleur profil. Ibrahima Sadikh NDour ibasadikh@gmail.com
  • Article équilibré qui informe le lecteur sur les enjeux de la compétition et les atouts de chaque candidat. Preuve qu’il y’a encore des journalistes sénégalais très professionnels qui ne passent pas le temps à ensencer l’homosénégalis et crier haro sur le ngack.
  • Il faut bien préciser que le candidat du Burkina, M. OUEDRAOGO, a été pendant 4 ans Secrétaire Exécutif Adjoint (Affaires économiques) de la CEDEAO à 32 ans. Il a laissé une excellente image d’homme compétent, de bon gestionnaire et de travailleur infatigable. Toutes qualités qui font de lui un très bon candaidat. Nous ne pouvons pas en dire autant de M. Aziz SOW.
  • Il n’y a pas photo entre les 2, le Burkinabé est le meilleur. Au plus, aziz sow pourra être vice président.
  • wade se fatigue pour rien ;il doit retirer son candidat...DON Corléone Compaoré veut le poste et entant que parin de la sous region il va tout faire...J’dore ce gars il a trop la classe en plus il parle de maniére pausé comme son ami et frére Abdou Diouf pas comme certains qui se méle de tout
  • L’article analyse froidement les chances de succès de la candidature sénégalaise ; force est de reconnaître qu’elles sont minces.

    Le Sénégal a une bonne opportunité pour reconquérir le poste de Président de la Commission de l’UEMOA lors du prochain renouvellement.

    Le retrait de son candidat pourrait justement être conditionné par le respect de la régle non décrite donnant au Sénégal la présidence de la Commission de l’UEMOA.

  • Ce texte n’est pas signé de quoi celui qui l’a écrit a peur ? Ceci dit, j’ai rarement lu un aussi beau papier et rencontré une analyse aussi pertinente. Monsieur, vous avez tout simplement une parfaite maitrise de ce que vous dites et devriez envoyer ces lignes au Président Wade ; je suis persuadé que c’est une contribution qu’il apprécierait. On a fait beaucoup de bruit sur le passage ’de qualité de Gadio à la tête de notre diplomatie’ et pourtant, vous venez d’éclairer sur le bilan pas trop luisant de celle ci qui en dehors de quelques succés, a fini de faire du Président Wade, UN SOLITAIRE. mosetaile@live.com
  • Et comment se fait-il que l’on ne puisse pas poster un commentaire sur votre article sur les « cinq héritiers » de Cheikh Bamba ?

    Car je voulais dire que, à ma connaissance, qui n’est pas vaste en ce domaine, dans la Umma Islamique, le Sénégal est pratiquement le seul pays où le Xilafa est héréditaire. A quoi cela tient-il ?

    Wa salaam !!

  • voulez -vous nous donner des exemples de pays qui ont unkalifa qui n’est pas héréditaire ?
  • Salu a tous !Je suis étudiant burkinabé à dakar.Tout d’abord je tient vivement a felicité tous les intervenants a l’article tres bien detaillé de l’excellent journaliste.On a pas besoin d’allé loin pour se rendre compte que tous vous etes plein de noblesse et que vous analysés correctement la chance des candidats sans vous incliné vers votre nationalité senegalaise.Malheuresement une certaine madame Fatou intervenant sur un espace pareil burkinabé intitulé le fasonet s’amene dans des comparaisons qui nont rien avoir avoir la chance des candidats.Elle va meme juska dire qu’il y a beaucoups d’étudiants burkinabé à dakar donc selon elle les senegalais sont plus inteligents que les burkinabés.Et pour un étudiant comme moi je pense que vous pouviez comprendre ce que j’ai pu resentir quand j’ai lu son message. Bref,Que sa soit Mr Aziz Sow ou Kabré cela n’est pas la probleme,je pense que ce a quoi nous devons esperé c’est que celui qui sera nommé puissent avec la contribution des differents chefs d’Etats reglé les crises du moment.
  • Il est difficile au prince d’être bon au milieu de gens aux réactions incertaines. Ceci dit, Wade avait beaucoup fait espérer les enfants d’Afrique noire par sa longue marche sur la route de la démocratie, par ses compétences, son cursus. Mais le problème des vieux au bon coeur, c’est qu’ils refusent peu de choses à leur progéniture et surtout à l’élue de leur coeur. Ce vieillard qui devait nous tracer la route exemplaire d’un sage démocrtate en est ainsi venu à nous donner des leçons de népotisme et de lutte pour imposer une dynastie présidentielle. Avec tout le ridicule qui s’en suit. Le miracle africain, c’est le suivisme aveugle de ceux qui se font étrier après avoir servi fidèlement les monarques ingrats.combien de gens à l’avenir prometteur Wade a détruit pour faire du chemin propre à son fils Karim ? Et il ya toujours du monde derrière lui ! c’est ça le miracle.
  • Excelent article. Ifaut reconnaitre que le Burkina est une plaque incontournable en ce qui concerne les reglements de conflits en A frique. Je pense que le president bukinabe merite le prix nobel de la paix n’eut ete la tache noire de sa prise de pouvoir. Pour ce qui est des deux candidats, j’opte pour le burkinabe, qui au regard de son profile est le meilleur candidat a ce poste. Maintenant wade doit arreter de croire qu’il sait tout, qu’il est plus intelligent que n’importe qui, c’est d’aileurs une des raisons pour laquelle, les autres chefs d’etat africains lui ont tourne le dos. Dernier constat est que notre diplomatie n’est plus ce qu’elle etait avant, avec ces debutants que nous avons actuellement. Wa salam


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