
Dans son discours de nouvel an, Wade s’était juste borné à accuser « un ou deux individus » d’avoir voulu provoquer un incendie et pour tenter ensuite de profiter de la confusion pour jouer les médiateurs. Et Farba Senghor ou « l’homme qui ose tout dire et faire », est venu au secours de Maître. Il a osé dire ce que Gorgui n’a pas voulu dire. Mais au fond, quelle est la différence ? Ce que le petit maure raconte, il l’a entendu sous la tente.
Farba a donc nommément accusé le curé André Latyr Ndiaye d’être « proche du Parti socialiste » ; Jean Baptiste Diouf, économe du collège de la Cathédrale, et maire socialiste de Grand Dakar est également cité, pour avoir attisé le feu. Après le Parti socialiste, l’AFP de Moustapha Niasse est aussi pointée du doigt. Les hommes d’église seraient généralement proches de l’AFP. « Wade n’a rien fait ! Ce sont des opposants au pouvoir, hommes d’église et chrétiens confondus, qui tiraient les ficelles, qui manipulaient », selon Farba.
Bref une conspiration contre Wade quoi ! Mais tenez vous bien, Bien avant cela, c’était l’ancien architecte conseiller de Wade, Pierre Goudiaby Atépa qui a été accusé d’être l’instigateur de tout cela. Riposte de l‘architecte de Wade qui estime que certains proches du président, sont les véritables pyromanes « Les pyromanes sont nombreux au palais… J’ai cité Farba Senghor parce qu’il est dangereux. Il s’amuse avec la nation. », avant de déclarer qu’il n’admet pas qu’on mette en doute son amour pour ce pays, son intégrité morale et sa loyauté.
Mais, à y réfléchir de plus près, Farba n’est rien, ce n’est même pas un électron libre comme on a toujours eu tendance à le croire. Il n’ose pas parler librement comme on le pense. En atteste sa désertion de l’espace médiatique et politique et le mutisme qui en a découlé, après les saccages des locaux de « 24 heures Chrono » et de « L’As ». On lui avait tout simplement intimé l’ordre de se terrer, le temps que la tempête passe. S’il ose se balancer sans souci sur la branche de l’arbre, c’est parce que celle qui le soutient, est bien solide. C’est tout. Wade a accusé sans toutefois citer de nom, et Farba a fait le reste. Ce dernier fait en effet partie de cette race de personnes qui n’ont pas d’opinion. Il porte juste la voix qu’on lui demande de porter.
Et au bout du compte, la communication tous azimuts mise en branle ces derniers jours, par Guirassy, Wade himself et ses alliés, c’était juste pour se tirer d’affaire, le temps que l’émotion cesse, et on recommence. La logique qui soutient cette stratégie tient en ceci : se rendre compte de ses bévues après coup ou de dire ce qu’on a envie de dire sur le moment ; et dès que la situation se complique, on minimise, on explique et on fait appel sur la RTS1, à tous ces marabouts qui ont vraiment démissionné du terrain strictement religieux et qui peuvent servir un discours unificateur et d’apaisement fondé sur aucun dogme, mais que sur leurs propres contorsions et gymnastiques. Voilà !
Serigne Mbaye Sy Mansour, le cousin de l’actuel khalife général des Tidianes (leurs deux pères sont des fils de Seydi El Hadj Malick Sy), ne fait pas partie de ceux là. Il a demandé à Wade de laisser les grands guides religieux en dehors de son monument qu’il assimile à un objet d’adoration : « Que les noms de saints hommes comme Cheikh Ahmadou Bamba et El Hadji Malick Sy ne soient plus cités dans cette affaire de xërëm (idoles) modernes » ; d’autant plus qu’il ne connaît rien d’El Hadji Malick Sy. Ah oui les hommes d’honneur et de vérité, il y en a encore même si, c’est une espèce en voie de disparition.
Et Joseph Ndong, tout inconditionnel de Wade qu’il est, a été choqué par cette sortie et a tenu à le faire savoir : « Les propos du président ont été blessants pour notre communauté. Je suis de ceux que ces propos ont pu blesser, parce que le président est le symbole de notre nation » avant d’ajouter : « Ce désintérêt nous blesse. Moi je souhaiterais, que passant devant la cathédrale, il puisse réciter une prière par respect pour ce qui s’y passe. C’est inamissible ce qu’il a dit. Dire que Jésus n’est pas Dieu est blessant pour le chrétien que je suis ». Avouons que ce discours de ponte du régime libéral, vice-président de l’Assemblée nationale, a été sincère…
Mais, si va au fond des choses, la vérité est que Wade n’aime pas perdre la face. Il a une obsession qui consiste à toujours avoir le contrôle sur les événements. Et l’on se demande si les regrets émis par le président et les excuses présentées par son fils Karim, étaient réellement sincères. Et pourquoi Farba tient-il tant à remuer le couteau dans la plaie, si, tel était le cas. Mais, simplement, dans ce cas ci, la lettre riposte du Curé André Latyr Ndiaye a été bien cinglante. Pour qui a lu la lettre, l’on sent bien que n’importe quel personnage aurait été secoué par sa teneur. Certaines tonalités de lettres ne peuvent que faire mal.
Il y a en effet chez les hommes d’église une certaine prédisposition au maniement du français qui découle de l’enseignement du grec et du latin et de la richesse de la littérature biblique dont ils se nourissent. Ils ne peuvent qu’être bons ces gens et lorsqu’il utilise Molière, ça fait forcément mal ! Le Curé a écrit sa lettre, avec un choix de mots qui font forcément mouche, qui détonnent, mots non teintés de violence et d’agressivité. Comme on le dit souvent, on n’a pas besoin de crier pour se faire entendre. Il suffit juste de parler de manière audible. C’est ce que le Curé a fait. Et c’est sans doute ce qui lui a valu cette accusation.
Il faut en réalité qu’il paie pour son affront. C’est comme cela, le pouvoir a ses propres logiques de résolution de problèmes. Quitte à chercher à le discréditer et le faire passer pour un intrigant derrière son masque d’homme d’église, avec tout ce qu’on en attend de vertus.
Mais, on le constate, les regrets de Wade n’ont apparemment pas suffi pour clore le débat comme, ce dernier le soulignait dans son discours. Farba n’a pas vu les choses de cette manière !
La réalité, c’est que les laborieuses explications du ministre de la Communication, Moustapha Guirassy, quant à une mauvaise interprétation des propos de Wade, les paroles sorties de leur contexte, lors du premier épisode de l’histoire, ne peuvent en aucun cas prospérer. C’est quelque part une attitude qui vise à prendre les Sénégalais et tous ceux qui ont la faculté de comprendre, pour des demeurés.
Et le cardinal en homme bon, même s’il prend acte du regret de Wade, a tenu à préciser que les paroles incriminées ont bel et bien été prononcées par Wade, d’où l’inexistence de manipulateurs. C’est en tout cas cela, la teneur du communiqué de l’archidiocèse qui a tenu à clarifier les choses : « Le Cardinal a tenu à souligner à tous ses visiteurs que son message du 30 décembre est basé uniquement sur des paroles effectivement prononcées par le chef de l’Etat et non sur les reportages et commentaires de la presse. Il ne peut donc s’agir ni de manipulation, ni d’instrumentalisation d’où qu’elles proviennent, car l’une des missions de Eglise c’est d’être au service de la vérité ». Voilà, la messe est dite.
La vérité au fond est que les politiques aiment à jouer sur ce tableau. Ils sont en effet passés maîtres l’art de faire croire qu’ils ne sont pas compris, lorsqu’ils passent à côté de leur sujet et que leurs propos sont souvent sortis de leur contexte. Ah oui, les autres sont débiles, amnésiques, ils ne comprennent jamais rien. Et pourtant, la communication, c’est aussi l’art de se faire comprendre, et de ne pas croire que les personnes à qui on s’adresse, doivent forcément comprendre ce que l’on a voulu leur dire ; ou dans certains cas, faire l’effort de comprendre ce qu’on a voulu leur faire comprendre. La communication, ça consiste à dire des choses simples, claires, compréhensibles. Et puis, il n y a pas mille manières de comprendre les choses.
Il est aussi temps que les politiques arrêtent de nous servir le prétexte du dialogue islamo-chrétien que l’on évoque à tout va. Pour qu’il y ait dialogue, il faudrait qu’il y ait un nuage ou incompréhension entre les deux communautés au Sénégal. Ailleurs, c’est sans doute nécessaire, puisqu’il existe des conflits et des incompréhensions majeurs. Mais au Sénégal, les chrétiens et musulmans sont unis par le vœu de vie commune inhérente à ce pays et forment de ce fait, une nation dont les religions sont le socle. Les sénégalais n’ont pas attendu Wade pour vivre en toute harmonie. Ce concept de dialogue islamo-chrétien n’est en fait qu’une invention de politicien pour mieux surfer sur les vagues.
Mais, au-delà de tout, si le sujet semble soulever autant de passion, c’est sans doute parce que le monument de Wade a du mal à passer dans l’opinion, notamment de par son coût, son opportunité et la polémique d’ordre religieux qu’il soulève. La réalité est que Wade en a fait une affaire personnelle, une obsession - c’est légitime puisqu’il en réclame la propriété- que toute opposition à sa statue, est assimilée à une inimitié ou une volonté de mettre du couscous dans le sable. Le Sénégal s’est arrêté de fonctionner depuis que le débat sur le monument a surgi. Ses détracteurs n’ont rien compris. C’est ce que semble se dire Wade puisque, c’est sa seule passion du moment. Plus rien ne semble important à ses yeux.
Et l’on finit par s’étonner et se demander comment une affaire privée peut occuper tout un débat public. La vie d’une nation ne peut être rythmée par un monument bon sang ! Avouons que pour une personne dont la charge est de gérer la chose publique pour faire appel à la sémantique, (res publica), c’est indécent de se prévaloir d’une propriété privée. A-t-il seulement le droit d’imposer le débat sur l’espace public. Au point que cela déchaîne une telle passion chez lui. Wade en effet, ne passe plus son temps qu’à ça. Il ne réfléchit plus que par ce monument, plus rien ne compte.
Son malheur viendra sans doute de là puisqu’il pense pouvoir tout régler avec la communication. N’est ce pas Alpha Blondy qui disait dans une une de ses chansons que : « celui qui règne par les armes, périra par les armes ». On peut aussi de la même façon admettre que celui qui règne par la communication, périra sans doute par la communication. On ne peut pas toujours tout expliquer, et on ne peut pas passer son temps à expliquer. C’est la communication qui risque de perdre Wade.





























