
Le Parti démocratique sénégalais libéral (Pdsl) a été créé sur les cendres du Pds. Est-ce que le courant Taxawu Sopi, dont vous êtes le porte- parole, apprécie ce changement ?
Khalifa Ababacar Diagne : Je suis écœuré en regardant ce qui est en train de se faire. On assiste là à une illégalité, à une violation totale des statuts du Pds. En vertu de l’article 23 de nos statuts, le secrétaire général national a des pouvoirs exceptionnels que beaucoup de gens qui assimilent notre parti à un parti monarchique ont eu du mal à comprendre. Mais, l’article 23 ne confère pas au secrétaire général national, la possibilité de décider seul le changement du nom du parti ou sa substitution à un autre. Une telle action ne peut se faire sans passer par le congrès qui comme le stipule l’article 14 de nos statuts « définit les options fondamentales, les orientations et les moyens d’action du parti ». Mieux l’article 32 des statuts du Pds qui parle des procédures de révision est plus que clair. Il stipule : « seul le congrès peut réviser les statuts. Le projet de révision doit être communiqué aux fédérations par les soins du secrétaire général national, deux mois avant la date du congrès. La modification est votée par le congrès à la majorité des 2/3. » Cette procédure n’étant pas respectée, vous comprenez aisément que le Pds existe toujours et qu’il n’existe pas encore un Pdsl ; la vente de toute carte d’un soi disant parti qui s’appelle Pdsl est une hérésie, une illégalité face à laquelle le ministère de l’Intérieur devrait sévir. Les militants du Pds qui vendront ou achèteront des cartes autres que celles du Pds seront considérés comme démissionnaires, ils vont s’auto exclure en vertu de l’article 31 des statuts du parti : « les membres coupables d’activités pernicieuses dans le simple but de provoquer la dissolution du parti au lieu de se conformer aux dispositions des statuts, perdent ipso facto la qualité de membres du Pds sans préjudice de leur responsabilité civile personnelle devant les tribunaux, conformément aux règles du droit commun.
Vous voulez exclure donc Abdoulaye Wade et les autres membres du Pds qui adhéreront au Pdsl ?
Oui. S’ils continuent dans leur lancée consistant à générer un nouveau parti sans passer par le congrès, ce sont plutôt eux qui s’auto excluent, y compris le secrétaire général national, Abdoulaye Wade. Le préalable à ce qu’ils veulent faire, je fais allusion à la vente des cartes du Pdsl, c’est la tenue du congrès. En d’autres termes les cartes du Pdsl ne pourront être mises en vente qu’après que le congrès aura fini d’adopter le changement du nom du Pds.
Comment comptez-vous vous y prendre pour réaliser ce projet qui semble illusoire ?
Je lance un appel à ceux qui croient toujours au Pds et qui veulent rester, de se retrouver afin de réorganiser le parti. Je pense notamment à mes frères co animateurs du courant Taxawu Sopi et à des responsables comme Lamine Bâ. Il faut sauver le Pds des desseins d’Abdoulaye Wade et de sa bande. Nous ne pouvons pas sacrifier plus de 40 ans de lutte pour satisfaire les désirs de Sa Majesté. Il faut respecter les textes et les militants sans qui rien ne peut être fait.
Est-ce à dire que ce qui vous dérange, c’est la non tenue du congrès ?
C’est vrai que c’est une raison, mais ce n’est pas la seule car je ne vois pas l’opportunité politique de changer le nom du Pds. Le problème du Pds, c’est moins son nom que le comportement des gens qui l’animent. Et le choix de Farba Senghor comme coordonnateur des opérations de renouvellement, qui est moralement et intellectuellement la personne la moins indiquée pour un tel travail, ne nous permet pas d’espérer une révolution au Pds ou si vous voulez au Pdsl.
S’il vous était donné d’être en face du président de la République, que lui diriez-vous ?
Qu’il mesure pleinement ses responsabilités de chef d’Etat en prenant de la hauteur sur certains sujets comme la religion, les confréries et le contentieux électoral ; qu’il ne se représente pas en 2012 pour laisser une bonne image de lui à la postérité au regard du long combat qu’il a mené pour l’avènement d’un Sénégal démocratique ; qu’il éloigne son fils du pouvoir et qu’il ne pense pas faire de ce dernier son successeur et enfin qu’il autorise le démarrage de la télévision futur médias.
Depuis quelque temps, une polémique fait rage au Sénégal. Elle concerne la construction du monument de la Renaissance Africaine. Que pensez-vous de cet édifice si cher au président Wade ?
Le président a été piégé en acceptant de se faire entrainer sur le terrain de la religion, il a oublié qu’il est chef d’un Etat laïc et qu’il n’a pas besoin de justifier sa décision et sa politique du point de vue de la religion ; on peut discuter de l’opportunité de la construction de ce monument, mais on ne peut pas le remettre en cause sous l’angle de la religion. Vous avez constatez que de toutes les sensibilités religieuses, il n’y a qu’une frange de la communauté musulmane qui a dénoncé la construction de cet édifice ; alors, on peut supposer que chez les autres il n y aucun problème. Moi je suis musulman, mais je ne pense pas, en tant que républicain et citoyen d’un Etat laïc que nous ne devons pas construire une infrastructure parce que c’est uniquement contraire à l’islam. Les musulmans peuvent choisir de ne pas aller visiter le monument de la Renaissance africaine, mais ils ne peuvent et ne doivent pas empêcher son édification. Et cette histoire a été amplifiée par le président qui a fait montre d’une obsession et d’un acharnement incompréhensible pour faire accepter à tous ce monument, ce qu’il ne réussira jamais, car même Dieu ne fais pas l’unanimité sur terre. J’en profite d’ailleurs pour décrier sa communication qui est lamentable ces derniers temps. S’il ne la change pas, la nomination de Bamba Ndiaye n’aura aucun effet positif. Le président doit bien considérer sa position de chef d’Etat et en conséquence ne doit pas improviser, ni communiquer sur certains sujets comme un citoyen ordinaire.




























