
S’il descend plus bas, il a des chances certaines de trouver du pétrole, tant son forage sait aller dans les abysses. M. Farba Senghor, ancien ministre, actuellement membre très influent de la famille présidentielle, parle. Ecoutons le : « quand on les arrête c’est moi qui interviens pour qu’on les relâche, c’est moi qui ai payé la télévision de César Atoute Badiane, plus de 40 télévisions, ce n’est pas l’argent du gouvernement, c’est mon argent. C’est moi qui ai acheté leurs portables. Quand ils sont malades, c’est moi qui les soigne. Quand ils ont des décès c’est moi qui achète les cercueils. Quand ils veulent se marier, ou quand ils ont des cérémonies familiales, c’est moi qui paie », ajoute le responsable national des opérations de vente et de placement des cartes du Pds/L, le nouveau parti politique du président Wade.
Il se fait plus précis : « Les femmes des maquisards me connaissent très bien, elles viennent régulièrement ici chez moi, elles séjournent ici et elles connaissent les membres de ma famille... » Alors, où est le problème. La presse a rapporté au début du mois de mars l’interpellation, au niveau d’un check-point de l’armée, de deux chefs rebelles qui circulaient à bord d’un véhicule de transport en commun. Remis à la gendarmerie, ils ont été libérés après moins d’une semaine de détention, alors que des bandes armées, au même moment, attaquaient les militaires, semaient la terreur dans la périphérie de Ziguinchor, détroussaient les voyageurs, en toute impunité.
En début de semaine, la nation a rendu hommage à un lieutenant de 28 ans, tombé au champ d’honneur en zone opérationnelle-sud, comme on appelle pudiquement le théâtre des opérations au sud du Sénégal. Il y a ensuite tous les autres, dont les noms sont gravés sur les stèles dédiées aux victimes militaires du séparatisme. La liste des morts à cause du conflit est tellement longue qu’elle tombe désormais dans la banalité. Ici, il n’est pas question de défendre ou non le projet sécessionniste du Mfdc. Mais plutôt de se poser des questions sur les circonstances et l’environnement institutionnel qui autorisent un quidam a dire publiquement qu’il apporte soutiens matériels et financiers, gite et logis, assistance et oreille attentive aux responsables du Mfdc, à leurs familles.
On ne peut pas faire le reproche à M. Farba Senghor de ne pas comprendre que ses propos sont assimilables à des délits qui peuvent conduire leur auteur à voir des peines infâmantes tomber sur leur tête ; dans l’arsenal juridique Sénégalais, certains parleront de haute trahison, d’autres d’intelligence avec une puissance ennemie et le plus grand nombre conclura tout simplement que « c’est Farba Senghor, on le connaît », tutti et quanti. Justement, moi, si mon opinion a quelque intérêt pour vous, je ne le connais pas du tout ; je l’entends et l’enregistre juste quand il parle à la radio.
En présentant son projet de Constitution aux Sénégalais en 2001, le président Wade avait eu ces mots qui claquent encore, s’adressant au journaliste Babacar Justin Ndiaye qui l’avait interpellé sur la rébellion en Casamance :« dans un autre pays, on vous aurait fusillé ! » Alors, si Farba Senghor ne comprend pas -ou s’il s’en fout éperdument- que la douleur des familles des victimes du conflit (militaires comme civils de tous bords) et les périls qui pèsent sur l’unité nationale excluent radicalement toute légèreté à ce sujet, il faut le lui enseigner ou, le faire taire par ceux qui l’ont mis là où il est. Je préfère écrire « faire taire » plutôt que « rappeler à l’ordre » car cette dernière notion suppose des pré-requis dont on ne voit nulle trace dans l’environnement de celui qui se dit « à tu et à toi » avec le chef de l’Etat qu’il appelle « père ».
Farba Senghor fait mal à des centaines de familles, à l’Etat, et surtout, à lui-même (sans le savoir). Lisez, lisez, Monsieur le ministre Farba Senghor ! Faites surtout de la bonne lecture ! Vous serez sidéré de voir comment la duplication de la bêtise, à travers l’Histoire, a toujours conduit à des drames. Vous n’avez pas le droit de dire publiquement que vous soutenez les rebelles du Mfdc ! Je vous accuse de collusion avec des forces qui cherchent à saper les fondements de la République ; je vous accuse de complicité active avec des gens qui veulent porter atteinte à l’intégrité territoriale ! Enfin, je vous accuse, -c’est le plus important-, de refuser catégoriquement d’adapter votre comportement aux exigences de la vie dans une société démocratique.
Si vous avez le droit de dire ce que vous voulez, je ne l’ai malheureusement pas. Dommage...






























