
Dès le début de sa prestation, Bara Tall puisque c’est de lui qu’il s’agit, a très vite campé le sujet sur les raisons profondes qui ont poussé d’après lui, les tenants du pouvoir à lui chercher des poux. La volonté du régime de Me Wade d’en finir avec un Idrissa Seck en mal de confiance chez celui sous l’aile protectrice de qui, il a vécu durant des décennies, le président Abdoulaye Wade en l’occurrence.
Pendant une heure, le PDG de « Talix », la holding dont est une composante, l’entreprise Jean-Lefevre, spécialisée dans la construction de routes au Sénégal et un peu partout dans la sous-région, a eu à démontrer à la face des téléspectateurs, les différentes péripéties qui l’ont conduit « malgré lui » à prendre « le chemin de l’exil » pour sauver ses entreprises et pouvoir continuer à faire vivre les nombreux pères de famille qui comptent sur lui pour assurer la dépense quotidienne.
Sans détours, Bara Tall est allé droit au but : « les problèmes que je vis aujourd’hui, je ne les aurais jamais connus si j’avais joué le jeu du pouvoir ». Autrement dit, accepter de mouiller un adversaire politique à l’époque gênant, en avouant avoir procédé à la surfacturation sur les travaux effectués dans ce qu’on appelle les « chantiers de Thiès ».
« Je n’ai jamais compris pourquoi sur plus de quarante entreprises, le pouvoir n’a visé que moi. On a fini par me jeter en prison pendant deux mois et demi, uniquement pour que je verse une caution et permettre à ceux qui me poursuivent de continuer un combat autre que le mien. Je ne fais pas de la politique. J’ai refusé et j’étais prêt à rester encore en prison autant qu’ils le voudraient mais mais je n’aurais varié dans ma position », a lancé Bara Tall, sur un ton empreint de beaucoup de solennité.
Revenant sur les raisons fondamentales qui l’ont poussé à s’engager dans cette « aventure » alors que bien d’autres entrepreneurs se sentaient impuissants, il a parlé de « devoir citoyen » et d’« attachement à la ville de Thiès » qui l’a vu naître et grandir, qui lui a tout donné en un mot.
« Je suis allé m’endetter pour assurer les travaux qui m’avaient été affectés dont principalement la rocade réalisée dans des conditions difficiles », a soutenu Bara Tall.
« La route est longue de 10,5 km. Le marché coûtait 7 milliards, je l’ai réalisée à un peu plus de 6 milliards frs Cfa et rendu après ce qui restait », a-t-il révélé tout en soulignant les conditions dans lesquelles, il a eu à obtenir d’une banque le prêt des 10 milliards qui lui avaient permis de faire face à ses charges.
Sur les marchés gagnés par ses concurrents sur le chemin du sommet de l’Oci, Bara Tall s’est refusé d’emprunter la langue de bois pour justifier sa mise à l’écart. Un chat est un chat.
« Je ne pouvais pas accepter certaines pratiques. Et puis Karim Wade qui dirigeait l’agence avait fait comprendre à une connaissance qu’il ferait tout pour asphyxier mon entreprise. Vous comprenez alors qu’une guerre m’a été déclarée sans que je ne sache ce que j’ai fait pour mériter tout cela ».
Karim Wade : le nom est lâché ! Apparemment il serai à la base de tous les malheurs de l’homme d’affaires. Durant presqu’une vingtaine de minutes, Bara Tall a expliqué de long en large, les actes qu’auraient posés le fils du président de la République, tendant à lui mettre des bâtons dans les roues.
« Il m’a même accusé d’être de connivence avec Souleymane Jules Diop pour chercher à déstabiliser le régime. J’ai jamais voulu accorder de l’importance à ces dires mais, du moment que le président de la République s’en est mêlé, cela est devenu une affaire sérieuse. Je n’ai rencontré Jules diop qu’une seule fois dans ma vie et c’est au Canada en 2008. Après avoir honoré un rendez-vous avec des partenaires, je me suis demandé pourquoi ne pas le voir d’autant plus que, durant mon séjour en prison, il avait ouvertement pris position pour me défendre à travers ses chroniques et émissions. Alors je suis allé lui dire merci et il m’a fait part d’un projet de livre qu’il entendait publier sur Barack Obama. J’ai été sensible à ses arguments et j’ai accepté de l’éditer. Comme je l’avais fait avec le projet « La Tanière des Lions » . J’ai une maison d’édition et je suis libre de fréquenter qui je veux ! », clame à haute et intelligible voix Bara Tall.
A la question de savoir ce qu’il pensait des révélations faites par Karim aux éditeurs de presse lors de leur rencontre avec le chef de l’Etat à propos de ses supposées entreprises établies ailleurs dans le monde, il a été sans équivoque :
« Il ne s’agit que de Talix que j’ai créée au Luxembourg pour bénéficier d’une protection juridique. Comme le pouvoir ne veut plus de moi dans mon pays, je ne dois pas rester les bras croisés, le laissant tranquillement me conduire à l’abattoir. Pour moi c’est inacceptable ! ».
Bara Tall a par la suite expliqué pourquoi, il a refusé de réparer la route Fatick-Kaolack, fondant son attitude sur une décision de justice. « Le gouvernement avait déposé une plainte à ce propos et le juge l’a débouté », a-t-il avancé.
De son installation en Gambie depuis presque une année, de la situation désastreuse que traversent ses employés restés sept mois sans salaires, de ses ambitions politiques, et de l’avenir de ses rapports très conflictuels avec le pouvoir, Bara Tall en a parlé, le cœur serré, même s’il demeure déterminé à se battre, à « se défendre » précise-t-il, pour sauver son honneur et garder sa dignité.
« Même s’il me faudra vendre du sable ailleurs, je le ferais. Sans état d’âme. Je n’ai aucun bien à l’étranger, aucun franc ne m’est venu de Taïwan ou Chypre ou de je ne sais quel paradis fiscal dans le monde. Le Sénégal m’a tout donné. Mon tout est au Sénégal », a conclu Bara Tall. Comprenne qui pourra !

















