
Le lecteur du journal en papier, n’a pas les moyens de réagir à un article. Il pourra le faire après avoir écrit une longue et harassante contribution et espérer que son opinion rencontre l’agrément du rédacteur en chef et celui du comité éditorial. Idem pour la radio. Quand on cherche un démenti, « le mal est déjà fait ! ». On ne rattrapera sans doute le coup que bien plus tard.
Celui qui regarde le journal télévisé ou écoute le bulletin d’une radio n’a que de rares moyens de réagir par rapport à la manipulation qu’il pense avoir subi en tant que récepteur d’un flot d’informations. Or, les journaux en ligne, purs produits de la liberté offerte par le net, permettent justement de faire connaître son opinion partout et à qui de droit. Ils ont ce qu’on appelle un forum. Et là, magie de l’informatique, les gens ont les moyens de réagir fissa fissa. C’est que le net permet à tout le monde, devenir journaliste ! « Quand on écrit sur le net, il y a un anonymat libérateur. Ni vu, ni connu ? » Cette situation permet à des acteurs de jouer leur partition ; c’est une forme d’exutoire. On dit ce que l’on pense, on se défoule, on injurie. On injurie beaucoup. L’anonymat d’Internet interdit qu’on puisse un tant soit peu espérer un gramme de morale. A quoi bon la vertu puisqu’ici plus qu’ailleurs on mesure l’effet de la dialectique sadienne des prospérités du vice et des malheurs de la vertu ? », peut-on lire dans un article titré « Littératures de vespasiennes », de Michel Onfray dans « Le Monde » paru dans une édition d’avril 2O10.
Effectivement, que ne se serait-on pas permis, si on ne risquait pas d’être identifié ? Internet crée une liberté que l’homme recherche depuis la nuit des temps. Les sites d’information en ligne sont un parfait exemple de ce nouveau type d’exutoire. Leurs forums sont devenus les plus grands espaces de liberté qui soient. Mais aussi le plus large champ de règlements de compte. Quand vous y ajoutez la sournoiserie légendaire des africains, cela donne une sorte de marché où l’acheteur et le vendeur ne contrôlent plus la loi de l’offre et de la demande : c’est carrément du chantage informationnel !
Allez-y, prenez la peine de visiter certains sites, parmi les plus célèbres au Sénégal ! Ils sont le réceptacle des injures les plus innommables. La loi doit s’exercer sur les nouveaux médias comme elle le fait pour les journaux et radio-télés. Certes, l’anonymat garantit d’une certaine manière l’honnêteté, mais ce qui se déroule sous nos yeux, est effarant. Il suffit juste de mettre un nom ; juste un nom et vous verrez toutes les hyènes sortir de la brousse. Vos ennemis cachés et connus, vos « amis », les malades mentaux, tout le monde a, alors une opinion sur vous. L’injure, toujours l’injure, rien que de l’injure. C’est en lisant certains espaces privés de sites d’information que l’on comprend jusqu’où peut aller la méchanceté. La méchanceté gratuite.
C’est que la situation est facile. Il ne vous passera jamais à l’esprit de lui parler face à face, mais vous avez tellement envie de lui faire mal, de le voir souffrir, de lui faire sentir que vous pouvez, vous aussi, vous comporter comme un chef de gang des bas-fonds de Ciudad Juarez, au Mexique, la ville considérée comme la plus dangereuse au monde... Mais puisqu’il est hors de question de vous le dire en face, internet est l’occasion rêvée... Certains sénégalais se font décidément une appropriation particulière des technologies de l’information et de la communication.
Mais là n’est pas le seul problème des sites d’informations. En effet, n’importe quel informaticien qui a su apprivoiser l’outil informatique est directeur de publication. Aucune formation, même pas une once de connaissance des genres journalistiques. C’est la tyrannie du contenu. Il y a quelque chose qui se passe boum, on écrit sans faire fi de l’orthographe, de la grammaire, des faits, de leur recoupement (la rumeur est passée par là), de l’éthique et de la déontologie. On pique au voisin, on copie allègrement sans citer, on passe à la moulinette l’info du voisin en se l’appropriant. C’est plus cela la règle et l’exception, bien entendu, est rare !
C’est le lecteur qui ne veut pas acheter le support papier qui y trouve son compte, puisqu’il trouve les quotidiens agrégés dans les sites d’information. Le visiteur sur le net est en effet devenu amnésique au point qu’il ne se rend même plus compte de la source d’informations. Tout ce qui lui importe, à partir de ce moment, c’est de lire et de ne pas débourser un Kopeck. De la paresse sans doute pour certains, l’argument simple, « tous les journaux sont pareils, il suffit d’en acheter juste un ». Le Sénégal est décidément un beau pays, tout le monde peut faire ce qu’il veut !
Loin de dire que les « journalistes du web » sont parfaits, le lecteur qui n’est naturellement pas au fait du genre journaliste, critique tout et n’importe quoi, puisqu’il ne fait pas forcément la différence entre une analyse, un commentaire, un billet, une chronique, et il le fait parfois savoir dans les forums. Difficile ! Mais heureusement qu’il y a des esprits plus avisés pour les remettre à l’ordre.
Loin de prôner la censure, la liberté, ce n’est vraiment pas cela. La liberté, c’est aussi la responsabilité et le courage de ses opinions. Mody Niang par exemple développe ses arguments au vu et au su de tout le monde. Mais sous le masque, des « forumistes » professionnels en arrivent à insulter le modérateur de tel ou tel autre site, parce qu’il n’aurait fait passer un commentaire dans lequel, il traite son ennemi de tous les noms d’oiseau. C’est peut-être plus simple de le dire en face ! Ne dit-on pas en wolof que : « ki wah wahou ki diotalé wah », en d’autres termes « celui qui rapporte est celui qui a, en quelque sorte, parlé ». C’est pour cela qu’il suffit juste de se faire identifier lorsqu’on veut accuser ou faire mal à quelqu’un !
On veut juste dire que nos « frères » sénégalais ou africains ne les utilisent pas pour faire reculer le paludisme ou renforcer leur culture générale - si cette notion a un sens pour eux-, mais pour se défouler et faire mal. On utilise la technologie dans le mauvais sens.
Une nouvelle mode est d’enregistrer ses interlocuteurs en les souriant. Les plus infâmes vous filment dans des situations relevant strictement de la sphère privée. Les enregistrements les plus sordides circulent sous le manteau. La situation désolante amenée par cet état de fait, est que la confiance s’effiloche. La suspicion s’installe un peu partout. Dans les bureaux, au sein des couples, dans les lieux publics... Qui disait encore que l’Afrique est mal partie ?






























