
2010 s’ouvre sur d’intéressantes perspectives dans la course à la succession du président Wade. Deux paramètres devront être pris en compte : le calendrier électoral (les élections peuvent être anticipées) et les différents schémas qui se concoctent pour installer un nouveau dauphin constitutionnel ; en clair, remplacer le président du Sénat, Pape Diop par l’actuel ministre d’Etat, Karim Wade. C’est le scénario. D’autres possibilités s’offrent, mais l’objectif reste le même : mettre sur orbite « le fils biologique » pour assurer la continuité. Car, rien, au cours de l’année écoulée, n’a laissé transparaître, chez le chef de l’Etat, une volonté d’annuler le projet de dévolution dynastique du pouvoir. Bien au contraire. En atteste cette dernière conférence des « enseignants concrets » et qui a valu à Wade ses derniers déboires avec l’église.
Pour l’opposition, le mot d’ordre est clair : Me Wade doit quitter le pouvoir car, il n’est plus en mesure de gouverner. Toutefois, l’impopularité grandissante du régime, lui fait oublier qu’elle n’a pas encore jeté les bases d’un programme alternatif de gouvernement –le départ de Me Wade ne saurait en tenir lieu, et la désignation d’un candidat unique face au Sopi paraît plus qu’improbable. Les conclusions des Assises nationales semblent avoir les qualités d’un avant-projet politique pour le Sénégal à l’horizon 2020. « Benno Siggil Senegaal » se renforce et la majorité présidentielle perd pied. Voilà pour la politique.
Le Sénégal va mal, du moins pour l’écrasante majorité de ses habitants. L’avenir est bouché pour des centaines de milliers de jeunes. La classe moyenne, composée de la grande masse des fonctionnaires, des commerçants, des patrons de Pme/Pmi, des nouveaux paysans, des cadres intermédiaires, des ouvriers spécialisés, est la plus touchée par la crise. En dépit d’une très forte pression fiscale, sur les salaires et les revenus des entreprises, malgré la barrière douanière érigée autour de l’arrivée sur notre marché, de produits de consommation courante, l’Etat gaspille les ressources ainsi générées par un train de vie dispendieux. Les dépenses de fonctionnement de l’Etat sont trop élevées. L’Etat coûte cher aux Sénégalais à cause de l’entretien du « Prince ».
La pauvreté, c’est l’exclusion. Par contre, l’appartenance à ce milieu socio-économique que constitue la classe moyenne, est devenue un perpétuel mouvement de balancier entre la précarité et la hausse du niveau de vie. Cette dernière alternative se fait de plus en rare dans les classes moyennes Sénégalaises… Le moral est en berne. Nous pensons que Me Wade a vampirisé le débat public national en ramenant tout à sa personne et en « faisant » ce qu’il veut, comme disait de lui, le patron de l’athlétisme mondial, son compatriote Lamine Diack.
Le sentiment d’impunité, l’arrogance de la nouvelle bourgeoisie compradore née des flancs du régime libéral et les scandales politico-financiers qui font florès, chauffent à blanc une opinion publique ébouriffée par l’omnipotence du pouvoir alors que les services sociaux de base (éducation, santé) sont dans un état lamentable. Le coût de la vie renchérit de manière soutenue ; la pauvreté urbaine est crasseuse et charrie d’innombrables drames humains. Cet éditorial ne peut avoir la prétention de faire le bilan de 2009, année marquée surtout par la dégradation avancée de l’image des tenants du pouvoir auprès des Sénégalais. Jour après jour, bit après bit, nous avons tenté de restituer le vécu de notre pays.
Le constat est on ne peut plus clair : le Sopi a échoué, du moins dans son projet d’améliorer la condition de vie des « Goorgorlu » et de faire du Sénégal un pays émergent. La manière de gouverner de Me Wade, son comportement, ses ambitions, les projets de ses proches et de son camp, et –surtout, le regard qu’il jette sur les autres ont été au cœur de nombreuses polémiques et dont la dernière, avec son conflit avec l’Eglise, a failli nous faire franchir la ligne rouge. « L’émergence d’un nouvel état d’esprit individuel et collectif, fondé sur la revitalisation des valeurs citoyennes, l’éthique du travail et de la discipline et un sens plus aigu de l’organisation en vue d’accélérer la marche des Sénégalais vers le mieux-être », selon la plaidoirie télévisée du 31 décembre. Vrai. Mais alors qu’il montre l’exemple !
En voulant décrire sa conception du pouvoir, Me Wade a eu à avancer deux notions qui peuvent expliquer son rapport à ses gouvernés.
1°) - Despotisme éclairé : le pouvoir y est exercé par des monarques dont les décisions sont guidées par la raison et qui se présentent comme les premiers serviteurs de l’État.
2°) - Césarisme démocratique : le chef s’assure de l’aval du peuple à chaque opération politique majeure, en détournant des procédés de démocratie semi-directe, tels que le référendum, pour en faire des plébiscites. Tout est dit…
Notre président de la république se comporte comme si ses compatriotes lui devaient quelque chose. On se saigne à blanc pour qu’il ne manque de rien mais, il semble croire que le pays lui appartient. Ce qu’il semble oublier, c’est que les Sénégalais sont des hommes libres.

















