
Le curé de Gorée, Abbé André Latyr Ndiaye n’a pas aimé la sortie du chef de l’Etat qui déclarait avoir beaucoup fait pour l’église catholique avec ses « propres moyens », mais que celle-ci ne le dit jamais. Cette sortie n’a pas du tout été appréciée, d’autant plus que le chef de l’Etat semblait faire entendre à travers ses propos, que l’église catholique manque de reconnaissance à son endroit.
Pour le curée de Gorée, la communauté chrétienne n’a envers personne une dette de reconnaissance, sinon envers Dieu seul ! Abbé André Latyr Ndiaye soutient : ‘’Que l´Autorité qui s´indigne de l´ingratitude de toute la communauté chrétienne ouvre le cahier de comptabilité de ses largesses envers elle et apprécie. Elle se rendra compte que la communauté chrétienne ne lui doit aucun sou, aucune dette de reconnaissance.
« Se désoler ou s’indigner de ne pas recevoir assez de marque de reconnaissance » relève de la vantardise et d’une boulimie de louanges...".
‘’L´Eglise est une mère bien élevée. Elle élève bien ses enfants dans le respect et la politesse. Elle sait remercier à temps et en son temps. Elle est généreuse, et nous laissons le soin aux populations qui souffrent, qu’elle sert et qu’elle soulage d´apprécier. L´Eglise met tout son crédit de service dans ses écoles, ses dispensaires, et sa Caritas, partout où elle est sollicitée.’’
Selon l’homme d’église : ‘’Se désoler ou s’indigner de ne pas recevoir assez de marque de reconnaissance de la part de la communauté chrétienne du Sénégal, relève de la vantardise et d’une boulimie de louanges. L’orgueil pue dans les chaumières des paysans comme dans les palais des rois et des gouverneurs savamment désinfectés tous les jours’’.
« Etre reconnaissant, ne veut pas dire être un éternel laudateur, un éternel flatteur... »
Abbé André Latyr Ndiaye rappelle dans lettre au chef de l’Etat, que le bien ne fait pas de bruit, et le bruit ne fait pas de bien. Et de poursuivre : ‘’Etre reconnaissant, ne veut pas dire être un éternel laudateur, un éternel flatteur, un éternel contempteur ou courtisan. Etre croyant ne veut pas dire être courtisan. Il y a un temps pour dire Merci, et l´Eglise experte en humanité s´y connaît bien ! Il y a un temps pour dire la Vérité, et dénoncer des pratiques tortueuses et peu orthodoxes. Ne confondons pas les deux moments ! Il faut savoir applaudir le bien et condamner le mal sous toutes ses formes, dans tous les milieux, dans les chaumières des paysans comme dans les salons huppés des palais.’’.
L’homme d’église convoque Jean Baptiste qui n’avait pas peur de dire la vérité et qui avait été décapité par le roi Hérode pour avoir dénoncé sa tortuosité. Il cite le cas de Jésus qui n’avait pas hésité devant le gouverneur roumain Ponce Pilate, à lui balancer : « je suis né, je suis venu dans le monde pour ceci : rendre témoignage à la vérité. Tout homme qui appartient à la vérité écoute ma voix ». Tout ceci pour dire : ‘’L´Eglise à travers ses pasteurs : le Pape, les évêques et les prêtres détient du Christ le pouvoir de dire la vérité à temps et à contre temps, à l´image de Jean Baptiste et de lui-même qui est la tête du corps’’.
Du reste, indique Abbé André Latyr Ndiaye, la tâche urgente de l’église semble être ailleurs, c’est-à-dire : ‘’Dénoncer la corruption et la tortuosité qui est sa fille partout où elles se dissimulent, ad-extra comme ad-intra’’.
Si le curé de Gorée évoque la corruption, c’est pour soulever ceci à l’endroit du chef de l’Etat : ‘’Au début de l´Alternance en Mars 2000, dans l´euphorie de la victoire, l´Autorité était agréablement surprise, ébahie même devant une montagne d´argent. Tel un enfant gâté devant un cadeau si grand et inespéré, elle avait boudé la maison royale, en criant à l´existence d´une armée de cafards dans les lieux, et en ricanant sur le dos des anciens locataires. Elle avait exigé une réfection et une désinfection totale, radicale et immédiate des lieux .Ce qui dura des mois au frais du contribuable.’’
« Les cafards se seraient-ils métamorphosés en billet de banques ? »
Il enchaîne : ‘’Les cafards seraient-ils encore présents dans ces locaux ? Ont-ils pu résister à tous les insecticides ? Ou tout simplement, se seraient-ils métamorphosés en billet de banques ? Auraient-ils trouvé une place plus confortable dans les satins des valises de luxe que l´on perd, ou que l´on confond dans les bureaux ou salon d´aéroport ou dans les soutes des avions ? La chrysalide devient papillon. O divin miracle dans les résidences du roi ! Les cafards se sont métamorphosés en billet de banques, non en CFA s´il vous plaît mais en euros et en dollars et leurs ailes ont le frou frou frais des billets de banque neufs. Les gardes de sa Majesté auront beau redoubler de vigilance, ils passent à travers les grilles et voyagent à travers des valises de luxe pour traverser les frontières et faire le bonheur non des sénégalais, mais d´illustres « Jambur » inconnus’’.




























