
« Gnom dé wakhatunou dara ! » C’est la phrase prononcée par Abdoulaye Wade à l’endroit de la communauté chrétienne, le 5 décembre 2009 à l’occasion de la pose de la première pierre de la « Grande mosquée mouride de Dakar ». Pour quelqu’un qui maîtrise la langue wolof, mais aussi le registre sur lequel s’est exprimé le chef de l’Etat, cette expression peut être tout-à-fait anodine. Il est fréquent d’entendre un Sénégalais dire à son prochain : « Wakhato dara ». Une simple façon de lui dire qu’il est pénard, qu’il a tout ce qu’il voulait. Quoi qu’il en soit, bien ou mal interprétée, cette phrase a été interprétée. Et comme on le dit souvent, « il n y a pas de fumée sans feu ». Loin d’incriminer le président Wade, si le Curé de Gorée, tout homme sensé qu’il est, s’est permis de réagir, c’est sans doute parce que les propos étaient équivoques et prêtaient à interprétation. Il n’est pas en effet de bon ton, de vanter ses propres mérites car, vus le contexte et les circonstances, de tels propos peuvent être compris soit, comme une attente de reconnaissance voire une justification du « geste » en faveur de l’édification de « la grande mosquée mouride de Dakar »
Toutefois, au-delà de cet incident, force est de constater qu’entre le président Abdoulaye Wade et la communauté chrétienne, il y a souvent eu des malentendus de ce genre. En fait, entre les deux parties, la mayonnaise a du mal à prendre, comme l’attestent quelques incidents.
L’on se rappelle, en effet, qu’après le décès de l’ancien archevêque de Dakar, Monseigneur le Cardinal Hyacinthe Thiandoum, le 18 mai 2004 en France, une vive polémique s’était emparée de l’espace médiatique, lors de ses funérailles à Dakar. A l’époque, le président Wade s’était gardé de se rendre à la cathédrale de Dakar. Et une rumeur insistante laissait entendre que Wade refuse de mettre les pieds dans une église. Il faut dire que dans ce cas précis, tout plaide contre Wade qui s’était aussi gardé de se rendre à l’église, lors des obsèques du défunt président de la République du Sénégal, Léopold Sédar Senghor. Une attitude que la communauté chrétienne n’a pas oubliée. Même si elle se garde de la décrier publiquement.
Pis, il y a eu également les menaces de mort contre le Clergé catholique par un mystérieux groupe dénommé « Le Cercle de l’acier ». Et même si rien ne pouvait prouver que ces menaces venaient du camp du pouvoir, force est de constater que l’opinion avait vite fait de mettre le pouvoir de Wade dans les habits du coupable. Justement, parce que ces menaces étaient intervenues juste après la sortie des évêques, à la fin du mois de novembre 2003, pour exprimer leurs vives préoccupations quant à la situation politique et sociale du pays.
Ensuite, il y a eu, le 14 avril 2006, l’intrusion dans la cathédrale de Dakar d’éléments de la Division des investigations criminelles (Dic) pour accueillir Jean-Paul Dias, le leader du Bloc des centristes gaïndé (Bcg). Et la communauté chrétienne qui célébrait, ce vendredi-là, le « Chemin de croix » après 40 jours de carême, s’en était particulièrement émue.
Des faits qui, à eux seuls, ne suffisent sans doute pas à expliquer l’indignation trop rapide de la communauté chrétienne après la sortie de Wade à la pose de la première pierre de la « Grande mosquée mouride de Dakar », mais qui peuvent avoir une certaine influence. D’ailleurs, la liste des faits qui viennent souvent mettre du sable dans les rapports entre l’église et Abdoulaye Wade, est loin d’être exhaustive.
Il s’y ajoute que Wade, opposant, n’a jamais senti un « soutien » de l’Eglise sénégalaise. Comme Hyacinthe Thiandoum l’avait, par exemple, fait pour Moustapha Niasse après son départ du Parti socialiste (Ps). C’est peut-être ce qu’il explique que les sorties de Wade à l’endroit de la communauté chrétienne font toujours du bruit.
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« Le bien ne fait pas de bruit et le bruit ne fait pas de bien »





























