
Polémique, il y en a eu quant à l’initiative et la propriété de l’ouvrage. Wade a déclaré en être le propriétaire pour l’avoir fait dessiner. C’est une affaire pour le moins compliquée à cerner quant aux droits de propriété. Il y a d’abord eu cette brouille entre le président Wade et Ousmane Sow, le célèbre sculpteur sénégalais qui a affirmé avoir émis l’idée de ce monument, au cours d’une conversation entre lui, Wade et Diouf à l’époque où, Wade était ministre conseiller de Diouf. M. Sow avait alors suggéré l’édification d’une statue sur une colline et l’idée proposée, était de modeler un homme et une femme rentrant au pays avec leur enfant, allusion faite au retour des esclaves sur leur terre natale. C’est ainsi avec l’avènement de l’alternance que Wade a concrétisé l’idée, réclamant du coup la propriété intellectuelle et une cession d’une partie des retombées à la case des tout petits.
L’hebdomadaire français l’Express saisit la balle au rebond et, fait parler des proches d’Ousmane Sow. Selon ces derniers, Me Wade avait demandé en 2000, une maquette « à taille humaine ». Ce qui fut fait dans l’esprit des « Peuls » qui figuraient dans la Rétrospective consacrée en 1999 sur le pont des Arts à Paris. En avril 2002, poursuit l’Express, la pose de la première pierre a lieu et des photos de la maquette sont demandées de toute urgence à Ousmane Sow, qui, à sa grande surprise, va découvrir une toute autre œuvre à la une des journaux. L’édifice va finalement être réalisé par des Coréens puisque le patron de la fonderie française initialement commis pour le faire, va découvrir que le projet, sur lequel, on lui propose de travailler, n’est pas celui d’Ousmane Sow.
Son de cloche différent de la part de Wade qui déclare à son tour que l’idée est bien la sienne puisque figurant en bonne Place dans son livre « Un destin pour l’Afrique » (re) publié en 2005. Il avouera d’ailleurs avoir fait appel à Ousmane Sow avec au bout, un résultat décevant. Gorgui va alors se tourner vers un jeune dessinateur Sénégalais dont il explique avoir « perdu le nom », en promettant toutefois de faire un appel par voie de presse, pour le retrouver. Dans ce cas aussi, le résultat est le même. Le président va finalement trouver son bonheur auprès d’un sculpteur hongrois du nom de Virgil. Un bémol : la question des droits d’auteur va se poser puisque Virgil en en question, n’a plus eu de nouvelles du Sénégal depuis, et c’est « Libération », le quotidien français qui lui apprend que la statue appartient exclusivement au Président Wade. Etonnement de ce dernier qui court depuis, derrière 7 600 euros (5 000 000 F CFA environ) d’impayés sur un contrat de 30 500 euros (20 000 000 F CFA ).
Mais, au-delà de la polémique sur le propriétaire véritable du monument, l’œuvre en elle-même, a des traits de ressemblance avec une autre statue. En effet, pour peu qu’on observe attentivement l’édifice de Ouakam, on a vite fait de se rendre compte qu’il a des traits de ressemblance frappante avec la statue « L’ouvrier et le Kholkozienne ». Si cette statue s’observe de la droite vers la gauche, le Monument de la Renaissance lui, se regarde de la gauche vers la droite. La faucille que l’on remarque sur le premier, semble par transposition, correspondre à l’enfant sur le Monument de la Renaissance africaine. Mais si on pousse plus loin l’observation, on se rend compte que la question de la propriété ou non, n’est pas la seule préoccupation des Sénégalais. La question de l’opportunité de ce monument se pose aussi. Et la chaîne publique française « France 2 » a qualifié l’œuvre de « folie des grandeurs » et a même parlé d’ « ivresse du pouvoir ». Au fond, si l’on y pense un peu, on se rend compte qu’ériger un monument de 50 m, plus haut que la statue de la liberté (3 mètres et demi de plus), cela n’a pas de sens voire d’intérêt pour un pays aussi sous développé que le Sénégal. Figurer dans le Guiness des records ou faire partie des 6, 7 8 merveilles du monde, comme l’a si bien dit, Pierre Goudiaby Atépa, l’architecte conseil du Président, n’est pas un challenge sérieux, décent pour l’un des pays les plus pauvres au monde.
Vouloir concurrencer les Etats-Unis, première puissance mondiale, si cela fait partie des motivations de l’artiste-président, n’est-ce pas illusoire et utopique ? Pour les Usa, abstraction faite du discours religieux, la statue de la liberté a bien un sens. La liberté, telle qu’on en parle et qu’on la vit au pays de l’Oncle Sam, signifie quelque chose. Elle est même le fondement de ce grand pays, de la démocratie. Alors que pour ce petit pays, qu’est le Sénégal, le fondement de l’érection d’une telle statue n’est pas étranger aux rêves de grandeur d’un seul homme. Pierre Goudiaby qui parle de merveilles du monde, ne nous démentira pas. Pour créer un symbole de la Renaissance africaine, si telle est la volonté du président, il aurait pu se limiter à créer un projet fédérateur tel qu’une université africaine ou financer un projet de recherches dédié à des chercheurs africains. Ce sont là peut être des actes beaucoup plus forts et à plus grande portée. Mais ériger un monument dédié à la renaissance africaine, à l’insu de ses pairs africains, en réclamer la propriété et vouloir en céder la réplique à ceux qui le souhaitent, c’est tout même paradoxal. Lequel parmi les pairs de Wade a été associé au projet ? L’Afrique étant dans une situation quasi difficile de leadership, certains chefs d’Etat, ne s’entendant pas, comment peut-on vouloir la fédérer juste sur la base d’une statue ?
Autre aspect qui semble justifier l’ampleur des moyens avancés pour l’érection de ce monument, ce sont les montants énormes dégagés pour cela. Dans la presse sénégalaise, on a fait état de montants de l’ordre de 15 milliards, tandis que « France 2 », parlait elle de 13 milliards. Le coût du projet est en effet astronomique, quel que soit le montant. Cela l’est d’autant plus que, le Sénégal fait partie des pays les plus pauvres du monde. D’ailleurs, une enquête d’Afrobaromètre relayée par le Quotidien sénégalais, l’As, vient de le conforter puisque, le Sénégal « rafle le trophée de la misère » en Afrique au sud du Sahara, même s’il fait mieux qu’un pays comme le Zimbabwé.
Mais, la vraie question dans ce débat où l’on semble plutôt mettre l’accent sur le religieux, est sans doute l’origine de ces fonds dont on dit, qu’ils ne sont pas publics. Quel est donc l’origine des fonds ? Une vraie et bonne question. Pour l’instant, cela reste une nébuleuse ! De toute façon, quelle que soit l’origine des fonds, la symbolique est trop cher payée. Au-delà de la symbolique, ce qui peut se révéler comme un conflit d’intérêt terrible, reste le fait qu’un président de la République, puisse se réclamer bénéficiaire des retombées de la rentabilisation d’un tel monument. L’éthique récuserait cela. Si en plus s’y ajoute, la gestion familiale, c’est juste incompréhensible.
L’autre vraie bonne question que l’on pourrait également poser est le fait que le projet soit dessiné par un hongrois et réalisé par des coréens. Quid du transfert de savoir. Est-il crédible qu’un tel projet qui évoque un ouvrage fait pour des africains et qui a trait à l’histoire africaine, soit fait par des non africains ?
Mais ce n’était sans compter sur la vigilance de certains religieux qui ont vite fait de déclarer ce monument contraire à l’Islam. Et face à cet écueil, Wade n’a pas rien trouvé de mieux qu’à traiter certains imams d’ « ignorants » ? Ce qui lui valut un sermon spécial, un certain vendredi dans les mosquées sénégalaises. Et comme La Rts est toujours là pour porter secours au Président, on a eu droit à un débat d’urgence organisé par Ahmed Bachir Kounta pour faire juste dire que le monument n’est interdit que dans le cas strict de l’adoration. Enfin, sans aller au fond d’un débat, ce sont en fait quelques « islamologues » qui pensent avoir raison sur l’ensemble des imams. Le prétexte de fabriquer à ce monument, une légitimité afin de le rendre « islamiquement » correct, même si, on ne sait pas qui, au fond, a raison.
En définitive, quel que soit l’argument que l’on puisse convoquer pour légitimer ou critiquer l’érection de ce monument, on peut juste noter que son érection est loin de faire l’unanimité aussi bien, d’un point de vue religieux, financier et politique. Et, le vrai débat qu’on semble occulter et qui est très important, c’est celui des fonds. Et si le débat religieux n’était que diversion.

















