
Depuis que le Magazine « Icône » a fait paraître en janvier 2008, l’album-photos attestant d’un mariage entre deux homosexuels à Mbao, les scandales impliquant les gays se succèdent au Sénégal.
Cette situation a généré un tollé chez les populations, élevant ainsi le degré d’animosité envers cette catégorie de personnes. Depuis, il y a eu quelques cas d’exhumation de cadavres d’homosexuels, de lynchage, d’emprisonnement et des marches de religieux sidérés par l’attitude des adeptes de ces pratiques dignes de Sodome et Gomorrhe.
La dernière manifestation de l’homophobie remonte au 1er mai dernier. Au moment où les populations attendaient avec impatience l’annonce de la composition l’équipe gouvernementale dirigée par Souleymane Ndéné Ndiaye, le corps d’un certain Madièye Diallo a été exhumé par une foule en furie dans un cimetière de la ville de Thiès.
Comme entrainée par une force obscure, la foule pousse la profanation plus loin : le corps est trainé sur quelques mètres avant d’être récupéré par sa famille, excédée et traumatisée. Ses parents se sont finalement résolus à l’enterrer en catimini dans l’enceinte de la concession familiale.
Avant la mort de Diallo, la police aurait interrompu une séance « intime » entre gays à Petit-Mbao, le quartier où, un an plutôt les amis de Pape Mbaye (aujourd’hui en « exil » aux Usa) célébraient un mariage.
L’exhumation du corps d’un « gorjiguène » n’est pas une nouveauté. Juste après la polémique suscitée par le mariage de Petit-Mbao, la dépouille mortelle de Serigne Mbaye, un homosexuel notoire, avait connu le même sort que celui de son congénère, entre exhumations et enterrements à la hâte, de Touba à Diourbel.
Face à la montée de l’homosexualité, les religieux organisent la riposte
Les mariés de Petit-Mbao et leurs invités ont déclenché une vive polémique au Sénégal. Même Maniang Kassé, leur précurseur dans ce domaine, n’avait pas subi une telle vindicte populaire du temps de sa « toute puissance ».
Suite à cette levée de boucliers tous azimuts, Pape Mbaye et ses compagnons avaient été emprisonnés avant d’’être élargis un peu plus de deux mois après, à la surprise générale. Est-ce par le fait d’un intense lobbying comme certains le pensent et le disent ? Les avis sont partagés. En tout cas, cette relaxe avait généré un grand mouvement de révolte sous la conduite du député opposant Imam Mbaye Niang, le secrétaire général du MRDS.
Des religieux sénégalais s’étaient regroupés au sein du Collectif des associations islamiques du Sénégal (Cais) pour défendre les mœurs et valeurs islamiques. Une marche contre la dépravation des mœurs avait été organisée et sévèrement réprimée par les forces de l’ordre, un vendredi après la prière, aux abords de la Grande Mosquée de Dakar.
Après leur libération, les homosexuels de Petit-Mbao ont pour la plupart choisi le chemin de l’exil. Ce sera l’accalmie pour quelques mois. Car un an après, neuf gays seront surpris en pleins ébats par la police qui les arrêta manu-militari.
Condamnés à purger une peine de huit ans d’emprisonnement ferme le 07 janvier 2009, ils ont été liberés le 20 avril dernier. La Cour d’appel de Dakar a en effet annulé la procédure en raison des nombreux vices de forme dénoncés par les avocats de la défense.
Les mis-en-cause avaient vivement contesté le procès-verbal établi par les policiers. Il n’y avait pas de flagrant délit, selon eux. Comme il fallait s’y attendre, cette libération va susciter indignation et consternation.
C’est le début de la radicalisation du front anti-gay que constituent notamment les religieux sénégalais. Dans les milieux religieux, on dénonce la mollesse des autorités étatiques qui auraient cédé face à une pression occidentale. Après la condamnation des neuf jeunes hommes, des voix se sont élevées en France pour dénoncer ce qu’elles considèrent comme une violation des Droits de l’Homme.
Nicolas Sarkozy, Rama Yade et Bertrand Delanoë avaient fait part de leurs inquiétudes à l’Etat sénégalais. La libération des « neufs homosexuels partouzards de Petit-Mbao », comme les désigne l’Ong Jamra, est un casus belli pour les religieux dont certains accusent l’Etat d’être sous la coupole des lobbies gays.
Des imams et chefs religieux ont par la suite mis en place un comité de lutte dénommé Front islamique contre l’homosexualité. Des « fatwas » contre les gays sont lancées à travers les ondes et les journaux.
Face à cette croisade contre l’homosexualité, les jeunes très attentifs à ces prêches menacent de lynchage les individus reconnus comme tels. Ce fut le cas des homosexuels de Yeumbeul, n’ayant dû leur salut qu’à l’intervention de la police qui les a sauvés d’une mort certaine face à la furie d’une foule de jeunes surexcités et décidés à leur faire la peau.
Récemment, le groupe scolaire dirigé par Imam Massamba Diop, le président de l’Ong Jamra, une organisation très engagée dans la lutte contre les homosexuels, a été saccagé par des nervis dans la nuit de mardi 05 au mercredi 06 mai. L’Imam, qui recevait des menaces, n’a pas hésité à faire le lien entre la lutte qu’il mène contre l’homosexualité et la mise à sac des locaux de son école.
De rares boucliers contre l’homophobie
Serigne Lamine Sall, fils du guide religieux Serigne Abass Sall de Louga est jusqu’à ce jour le seul chef religieux qui analyse la question avec moins de passion.
Dans un entretien avec Walf Grand-Place, le marabout affirme sans ambages :
« On a fait du tort au »goorjigéen« décédé à Thiès, à mon avis. Malgré tout le tapage fait à son encontre, personne ne l’a vu commettre l’acte sexuel avec un autre homme. C’est pareil pour les »goorjigéen« retenus dans les liens de la justice et condamnés à Dakar. Devant la loi, ils peuvent être passibles des peines de prisons, mais, pour l’Islam, personne ne doit les condamner, dès lors que personne ne les a vu s’accoupler ».
« Et moi je ne comprends pas comment on peut condamner des gens qui, jusqu’à preuve du contraire, n’ont jamais été pris la main dans le sac. Donc, il faut que les gens arrêtent de se faire justice si jamais ils répondent de l’Islam. Demain, ils rendront compte devant Dieu. En somme, tant l’homosexuel n’est pas pris en plein ébats sexuels, il n’est pas condamnable pour la loi islamique. Il faut qu’on respecte les principes islamiques ».
Alioune Tine, le secrétaire général de la RADDHO est également très engagé dans la défense des droits de l’Homme. Il s’est réjoui de la libération des neufs homosexuels de Mbao. M. Tine a été l’une des rares personnalités sénégalaises remerciées par le « célébrissime » Pape Mbaye depuis son refuge qu’on dit doré de New York.
« Tout ce bruit qui accompagne l’affaire des homosexuels ne constitue qu’une vaste hypocrisie. Les homosexuels qui ont une certaine classe sociale assument leur orientation sexuelle sans aucun problème, mais ce sont plutôt les pauvres qui sont victimes de la stigmatisation et de l’injustice », relève-t-il.
En plus de la Raddho, des organisations de défense des droits humains et de lutte contre le Sida, dont Amnesty International, Aides et la Fidh ont exhorté les autorités sénégalaises à décriminaliser l’homosexualité.
Le sociologue Cheikh Niang, intervenant souvent sur ce sujet, a jeté un véritable pavé dans la mare en affirmant dans les colonnes du journal l’Observateur :
« Nous avons besoin des homosexuels. La diversité sexuelle, le fait qu’il y ait différentes formes d’orientations sexuelles, c’est un phénomène anthropologique qui a existé dans toutes les sociétés ».
Pour M. Niang, il faut que cesse l’homophobie car, les homosexuels sont une frange importante de notre société. Après cet entretien, M. Niang a été « victime d’attaques répétées » mais apparemment il n’en a cure, il « assume entièrement sa position » sur cette question, a-t-il fait comprendre.
Des leaders d’opinion comme le rappeur Didier Awadi ont abondé dans le même sens que M. Niang.
Awadi soutient que les homosexuels ne sont pas plus nuisibles à la société que les malfrats et autres assassins.
« Qu’on leur foute la paix ! », s’est-il écrié avec force.
Vers une dépénalisation de l’homosexualité au Sénégal ?
Le Sénégal a été brillamment élu au 11ème Conseil des droits de l’Homme des Nations unies le jeudi 11 juin. C’est à l’unanimité et sans objection que le Rapport sur l’examen périodique universel concernant le Sénégal a été accepté.
Cette consécration signifie pour beaucoup, que le Sénégal a donné des gages en faveur du traitement des homosexuels. Le garde des sceaux, Me Madické Niang a même affirmé, du haut de la tribune de Genève, que le fait d’être un homosexuel n’est pas un délit au Sénégal et qu’aucune disposition législative ou réglementaire n’incrimine l’homosexualité. Il a toutefois concédé qu’il existe, avec l’article 319 du Code pénal, une disposition qui incrimine les actes impudiques ou contre nature sur une personne de son sexe.
"Les autorités sénégalaises entendent continuer de traiter la question de l’homosexualité avec sérénité et mesure. A la date d’aujourd’hui, aucune personne n’est placée, au Sénégal, dans un lieu de privation de liberté, sur la base de l’article 319 du Code pénal déjà évoqué, a-t-il également soutenu.
Un mois plus tôt, le premier ministre, Souleymane Ndéné Ndiaye, lors de l’une de ses premières sorties, aurait appelé à la chasse aux homosexuels au cours d’une conférence religieuse organisée par Maodo Malick Sy, le fils aîné du regretté Mame Abdoul Aziz Sy Dabakh, ancien khalife des Tijanes.
L’Agence de presse sénégalaise en aurait fait état. Mais quelques minutes après sa mise en ligne, la dépêche reprenant les propos prêtés au Premier ministre aurait été introuvable sur le site de l’APS. Beaucoup ont alors pensé que c’est instruction que cela s’est produit. Qu’est ce qui expliquerait ce brusque revirement du chef du gouvernement, s’il y a eu revirement ? Que de supputations depuis lors !




























