A ABBE LATTIR NDIAYE
En tant que prêtre africain, votre responsabilité est grande dans la construction de la cohésion sociale et votre apport incommensurable pour dénoncer les errances des politiques en disant la vérité et exigeant la justice pour tous les sénégalais, égaux devant Dieu.
Plusieurs hommes d’Eglise se sont illustrés dans cet engagement et ont mérité de la confiance de leurs compatriotes en des moments importants de la vie politique de leur nation. Conférences nationales (pas Assises nationales), commission Réconciliation et autres Gouvernements Transitoires ont été dirigés par des Prêtres.
Le sénégalais lambda sait qu’être Prêtre c’est pas seulement une succession de dévotions et autres prédications auxquelles on s’exerce tous les dimanches. Nul ne vous dénie donc le droit de vous prononcer sur la gouvernance de votre cité si tant est que vous vous rangiez du coté de la Vérité et de la Justice de la Paix. Au contraire, les sénégalais, toutes confessions confondues ont souvent attendu la voix de l’Eglise sur des événements de la vie politique, économique et sociale. Paroles de leur Cardinal toujours réconfortantes pour les faibles et les opprimées, encourageantes pour ceux qui se battent pour la justice. Paroles toujours concises dans ce qu’elles veulent exprimer, justes, sans excès et courtoises mais paroles tranchantes de fermeté et si redoutées par les gouvernants. Souvent, Monseigneur ne dit rien, le silence resta d’or et pour autant la confiance ne fut point ébranlée. Et doucement la Paix revint dans les cœurs et les concessions.
Wade incarne une Institution de la République et à ce titre est aussi le « berger » de tout un peuple composés de musulmans, de chrétiens, d’animistes et ceux qui ne croient à rien. Qui plus est que le Sénégal est une République laïque. Il appartient donc au Président de veiller à la laïcité et de ne pas adopter de comportements ostentatoire dans sa propre croyance ou non.
Pour ces raisons, nous pouvons dire sans exagération que sa sortie a été maladroite. Cela ne vaut pas dire que ceux qui la critiquent et la condamnent dans le fond ont raison ou tort. La vérité en ce domaine n’est pas dogmatique. Cela dit, il est inutile de souligner que tous les sénégalais se sont fait une religion quand à Wade le Président mouride. L’autre, celui que vous dites avec impertinence qu’il fût chassé avec ses cafards ne l’était pas moins. Tous les deux ont fait de la politique avec les religions selon leurs intérêts du moment. Pourtant aucune chapelle ne se sentait profondément abandonnée ou frustrée encore moins vilipendée.
Mais en écrivant votre « lettre » à Wade, « lettre » d’une grande misère intellectuelle et morale, d’une arrogance choquante et pleine d’amalgames politiciens, vous avez failli à vos responsabilités de Prêtre.
Vous dénoncez l’orgueil quand l’orgueil suinte dans votre lettre. Vous dénoncez la vanité quand elle vous rattrape tout au long de votre texte.
Vous n’êtes ni modeste, ni humble et vous vous érigez en donner de leçons alors que votre posture est immonde d’insolence et d’infamie.
Pourquoi tant de haine et de vulgarité ?
Avez-vous réfléchi un peu, pesé, soupesé, lu et relu, évalué votre pensée par rapport à votre serment de porter la Parole de Dieu ? Je doute fort que vous ayez pu écrire cette lettre dans le calme rassurant d’une paroisse enveloppée de spiritualité.
Le Prêtre doit être rempli de bonté et de humilité, de tolérance, de pardon, de retenue, de prudence. Il doit s’identifier dans son comportement quotidien, dans ses actes au Christ-Prêtre-Souverain.
Pas de place à la vanité qui pousse à bomber le torse pour dire « Nous, les chrétiens du Senegal.. ». Ces chrétiens du Sénégal sont le peuple de Dieu qui t’écoute et espère tirer de la Parole un enseignement efficace pour conduire leurs vies dans la droiture, le respect et l’amour de l’autre. Nulle part dans votre lettre vous ne faites preuve d’humilité, de tolérance, de respect, encore moins disons le, de vérité.
Votre Cardinal disait « Rien ne nous autorise devant Dieu à porter atteinte à un autre homme dans sa personne, dans sa réputation ou encore ses biens ». Au contraire, vous jugez et condamnez au lieu d’observer de la retenue et de la tolérance et du discernement. Tel un sniper embusqué, vous tirez à vue. Vous êtes ironique et blessant. Pas seulement envers Wade, mais aussi envers tous les lecteurs que vous heurtez par tant de haine.
« La force du Sénégal réside dans sa capacité à maintenir une tolérance entre ses différentes composantes religieuses, non seulement entre chrétiens et musulmans, mais aussi entre les différentes confréries de l’islam. Si j’en ai l’occasion, c’est un modèle de prévention des conflits que je veux développer lors du Synode sur l’Afrique, car c’est un rempart contre l’intégrisme » disait le cardinal SARR. Avez-vous le droit de vouloir mettre le feu aux tours de Tolérance et de Paix ainsi construites depuis des siècles en vous comportant comme le dernier des politiciens avides de reconnaissance ou à ceux qui pensent qu’ils ramasseront du brasier éteint les cacahuétess pas trop cramés. Non ! Vos responsabilités morales et d’éducateur vous obligent à plus de retenue sinon à moins d’arrogance et plus de respect.
Vous citez Saint Jean Baptiste vous qui avez abandonné la voix tracée sous vos yeux par le Cardinal Thiandoum qui a tant œuvré pour le dialogue inter religieux dans ce pays. Ce homme de Dieu qui pour ne citer qu’un exemple parmi tant d’autres s’était engagé à soutenir des pécheurs syndicalistes qu’on taxait d’intégristes islamistes pour leur faire perdre le soutien financier de la CCFD. C’était en 1990. Cela faisant, il combattit l’injustice, rétablit la vérité et apporta son secours à des faibles qui en avaient grandement besoin et oeuvra pour la solidarité entre religions. Tout cela sans tamtam ni tamas et sans ameuter la presse. Voilà un modèle de Prêtre médiateur, à l’image du Christ-Prêtre-Souverain.
Vous êtes plein d’orgueil en citant les œuvres caritatives de l’Eglise qui sont le résultat d’un travail commun entre chrétiens et musulmans et mêmes animistes du sénégal. Œuvres dans lesquelles le Cardinal « Ada » Sarr s’est particulièrement distingué, mettant en acte la doctrine sociale de l’Eglise.
Par votre voix, c’est tout le clergé qui a raté l’occasion de se signaler avec toute l’élégance, la mesure, la pertinence et l’efficace courtoisie auxquelles elle nous avait habitués. Tout récemment, le Cardinal avait opiné sur l’affaire Segura, en toute responsabilité sans porter l’insulte à la bouche tout en restant ferme et clair pour dénoncer la corruption. Il l’a fait en toute humilité car ce n’était que sa vérité, son point de vue. Il n’avait pas non plus l’arrogance et l’ironie à la bouche pour porter la voix du monde rural durement éprouvée. Mgr Thiandoum ne parlait pas futilement. Le silence est d’or. Mais il n’oubliait jamais de remercier les bienfaiteurs, roi, paysans, ou de ses parents pêcheurs.
Que sera notre Eglise (je suis musulman) si la relève est assurée que par d’impétueux réactionnaires de votre trempe, donneurs de leçons, vaniteux et sectaires et politiciens ?
En effet vos amalgames de politicien comme on en trouve à profusion dans ce pays qui, sans transition, nous ramène aux aurores de l’Alternance ne fait que confirmer votre impatience d’en découdre avec le Président Wade. La rancune semble avoir explosée brutalement. Il vous a donné une belle occasion à ne pas rater, n’est ce pas ?
Armez vous de patience car nous sommes encore loin des élections. Le temps des moissons n’est pas encore arrivé. Patientez en méditant ces paroles du Maître aux serviteurs qui pressés daller enlever l’ivraie : « Non, de peur qu’en enlevant l’ivraie, vous n’arrachiez le blé en même temps. Laissez-les pousser ensemble jusqu’à la moisson » (Mt 13, 28-30).
Regardez vous dans un miroir en relisant votre lettre et demandez vous si vous n’avez pas failli à votre sacerdoce de « messager d’espérance, de réconciliation et de paix » comme vous le recommande le Pape.
Si en définitive, vous voulez tout de même adhérer à Benno, au Sopi ou même créer votre mouvement (Diamacoune l’avait fait et on en voit les résultats), ne changez rien à votre arrogance mais enlevez d’abord votre soutane. Le manque de pudeur, l’outrage, la grossièreté et une grande dose de haine peuvent, hélas de nos jours, porter très loin dans l’arène politique sénégalaise.