
Karim Wade donc multiplie les sorties. Les bains de foule passés lors de la campagne pour les municipales l’ont mis face à la dure réalité du terrain politique. Son super département du ciel et de la terre lui permet à la fois d’aller chercher de l’argent à gauche, à droite, de mettre sur pied une compagnie aérienne, construire des routes, bâtir un aéroport, bref de, de, et de… En fait, il a tout pour être présent sur la scène médiatique, auprès des populations, et pour être concret dans ses actions.
Après tout, les défaites portant conseil, il s’est sans doute dit : « il faut que les populations se familiarisent à ma présence, que j’existe et qu’elles me sentent comme proches d’elles, et non pas comme ce personnage si éloigné des Sénégalais et qui, par la suite, va solliciter leurs suffrages ». Le décor est campé.
Et Karim Wade n’a pas perdu du temps puisqu’il a réussi à dégotter un financement de la Chine devant servir au renforcement de l’extension des réseaux électriques de Dakar et sa banlieue ; le lancement des travaux sur l’axe routier Saint Louis, Richard Toll et Rosso. Un contrat avec des Saoudiens pour la construction de 33.000 logements sociaux...
A la télévision « Meïssa » aime à arborer les boubous traditionnels avec écharpe à l’appui, comme si on le lui avait recommandé comme meilleur moyen de mieux affirmer sa « sénégalité » ! Il utilise des « monsieur le président », le truc obligatoire pour les ministres, à la mode, question aussi de montrer son détachement vis-à-vis de son paternel !
Jusqu’ici tout va bien sauf, lorsqu’il entonne son discours. Justement, puisque la Rts-1 a inauguré depuis quelques mois une sorte de « fiche d’activités » télévisée du ministre d’Etat, il y a à boire et à manger pour qui dissèque la com’ du prince. Wade-fils a en réalité tout hérité de son père sauf ce don de la communication, cette capacité à parler à l’aise en public. Catastrophe ! Il n’est manifestement pas une bête de foules. Karim Wade a les yeux rivés sur son discours, ne levant presque pas le regard pour balayer le public. D’ailleurs l’empathie avec le public, n’y est vraiment pas, les phrases étant débitées telles des rafales de mitrailleuse déversées dans un flot continu. Bon sang, quand on lit un discours, on respire, on balaie la foule, on marque des pauses … C’est cela qui crée l’échange, la connivence, la proximité, toutes choses qui créent le lien affectif si vital aux « politiciens ». Parler en public un art ou un don ; ça s’apprend et la foule, on s’y habitue. Et en campagne électorale, c’est d’autant plus difficile puisqu’il faut convaincre.
La prise de parole en public fait partie des grands handicaps de Karim Wade, mais la transparence aussi, puisque jusqu’ici, point d’audit de l’Anoci, et les Sénégalais languissent, las d’attendre des explications qui ne viennent toujours pas. Et paradoxalement, Karim Wade n’a pas fini de faire preuve de transparence, qu’il se met à en parler dans le cadre d’un séminaire sur la passation des marchés publics : « de l’acquisition d’un taille-crayon à la construction d’une route, tous les investissements seront gérés de façon transparente dans le strict respect des règles de concurrence de manière à optimiser et améliorer les dépenses budgétaires. C’est une option résolue et irréversible ». Aveu de taille, mais la virginité, cela ne se décrète pas d’un coup de baguette magique ! Il faut exorciser les démons du passé avant. De qui se moque t-on là ?
La transparence, on ne l’attend pas seulement de lui. Il semblerait même que dans le Sénégal version Wade, l’opacité est devenue la règle et la transparence, l’exception. Tout se passe comme si les gestionnaires de la chose publique ont une simple mission de destruction, une sorte de ronde des hyènes autour des fonds publics. Et l’exemple de la razzia sur l’ARTP montre à quel point, les voleurs de poule sont les seules victimes de la loi, ceux qui partent vraiment en prison. Eux ne peuvent point « consigner », lorsqu’ils sont épinglés dans un vol. Au fond le champ lexical de toutes ces turpitudes renvoie simplement au vol, dans toutes les splendeurs de sa banalité et de sa gravité. Et, ce qui est d’autant plus surprenant, dans l’histoire, c’est que ces dirigeants épinglés ont tous eu l’opportunité, les moyens de consigner des montants importants et qui représentent des années de salaire, s’ils arrivent à économiser. Même si ces présumés délinquants financiers en col blanc économisaient jusqu’au bout de leurs chandelles, ils n’arriveraient pas à autant épargner. Tout cela est au fond bien simple, et l’on oublie de s’interroger sur l’origine de la richesse de ce beau monde. Dans un pays normé, on leur aurait demandé de justifier l’origine de leur fortune subite.
Mais, au-delà de la confiance que l’on peut avoir en la justice, le Sénégal est devenu le pays de la liberté provisoire éternelle et ces barons de l’ARTP risquent juste de considérer ces montants consignés comme de simples remboursements, si leur culpabilité venait à être confirmée.
Et pourtant, bien avant l’ARTP, il y a eu les rapports de l’ARMP (agence de régulation des Marchés publics) ! Question de vous rafraîchir un peu la mémoire ! L’Observateur » notait de « graves anomalies dans la passation des marchés ». « Walfadjri » faisait des « révélations sur la gestion de Awa Ndiaye ». À titre d’exemple, « une cuisinière acquise hors Tva à plus de 2 millions de francs ; une cuillère à plus de 37 mille francs », « un couteau à 42.000 francs », « une clé Usb d’un Giga (a été acheté) à 97.500 francs », « une carafe à 47.000 francs Cfa »...
Surprise ! Voilà qu’au moment de désamorcer la bombe ARTP, une autre explose de l’intérieur. 500 millions ainsi que l’a annoncé « L’Observateur » de ce lundi 15 mars, juste pour du sponsoring ! On fait de l’image d’un côté, et de l’autre, on détruit. Au fond, qu’est ce que l’ARTP peut bien chercher dans le monde de la lutte ? Rien, sinon des gnons médiatiques avec ces derniers jours, des révélations de la presse privée qui envoient carrément « chez Ardo » les nouveaux boss de l’agence vache-à-lait. Ne lui demande t-on pas juste d’être technique, de contrôler l’attribution des licences et de réguler. L’Anoci, qui a aussi reçu sa part du gâteau, ne devrait-elle pas rembourser ? Abdoulaye Baldé nie avoir reçu 96 millions mais, l’agence dont il était le directeur exécutif a bénéficié d’un « appui logistique de 96 millions. »
Mais au fond quelle différence en comptabilité, et, au-delà, dans l’orthodoxie budgétaire ? Qui espère t-on tromper ? Il n y a décidément que les naïfs pour croire à cette explication tirée par les cheveux. Et tout cela au fond, ne fait que renforcer la suspicion autour de l’attribution des licences de téléphonie ! On n’avait pourtant pas fini de parler de l’affaire Etat du Sénégal/Sentel !
L’ascension politique de Karim Wade, entretenue et favorisée par son père, intervient dans un contexte lourdement chargé. Depuis qu’il a mis le pied à l’étrier, son action s’accompagne souvent de polémiques liées à l’argent. Il escalade le versant abrupt d’un sommet ; en haute montagne, l’argent compte peu. Ne s’en sortent que les ingénieux et endurants. Le plus dur reste toutefois à venir. C’est une chose que d’approcher des sommets ; y rester en est une autre...





























