
Candidature unique
Ces derniers temps, les Sénégalais avaient observé avec satisfaction le développement positif du débat sur la candidature unique aux présidentielles de 2012. C’est ainsi que l’engagement solennel de Moustapha Niasse de se ranger derrière le candidat consensuellement retenu et les déclarations récentes de Landing Savané et de Macky Sall (qui dit clairement qu’il n’a pas dit qu’il est candidat et que ce sera l’affaire de son parti) avaient fini de conforter l’opinion que se dessinaient de réelles perspectives de construire une équipe autour d’un candidat à la présidentielle pour arriver à un gouvernement de transition chargé d’appliquer le programme retenu à cet effet.
Mais, les débats récents au sein du Ps sur le candidat « naturel » ou issu des « primaires » de ce parti aux élections présidentielles de 2012 ont ébranlé les certitudes en la matière. Car, si le Ps est réellement engagé dans la dynamique de la recherche consensuelle de cette équipe, comme l’ont laissé pensé ses déclarations officielles, pourquoi ses principaux cadres s’entredéchirent-ils pour choisir en leur sein un candidat ? Un candidat pour la candidature unique ? Ou tout simplement un candidat du parti ? Même dans le cas d’un candidat à la candidature, les énergies dépensées et même les frustrations laisseront-elles le choix au Ps pour accepter un autre candidat consensuel que le sien, après tant d’ardeur pour le désigner ?
Dans ces circonstances, le Ps rendrait un grand service à ses propres militants, aux militants et sympathisants de Bennoo et à nos compagnons de la société civile dans les Assises nationales, s’il levait ce doute qui ébranle tous ceux qui veulent le resserrement et l’élargissement du Front commun des forces vives de la nation contre le régime malfaisant de Wade.
Suppression du second tour
Le véritable enjeu pour avoir des élections libres, démocratiques et transparentes est la bataille pour la refonte totale du système électoral (fichier, code, l’organisation et la supervision des élections). C’est à cela que Bennoo a appelé le pouvoir qui évoque au gré des humeurs de Wade, tantôt une concertation sur le code électoral, tantôt sur la problématique de la suppression du second tour aux élections présidentielles. On assiste véritablement à une stratégie de diversion de Wade pour empêcher Bennoo de se mobiliser pour l’obliger à une refonte totale du système électoral.
Pendant ce temps, il peaufine sa stratégie de hold-up électoral en nommant ses hommes-liges à la Cena (Ndir, Mamour Guèye) sans aucune concertation avec l’opposition, et maintient à la direction des élections et à la direction de l’automatisation du fichier, des hommes dont il a entièrement confiance, en dépit de la limite d’âge pour partir à la retraite qui les frappe. Mieux, sous couvert d’un simulacre de panne de machine, il bloque la fabrication des cartes d’identité nationale, empêchant les citoyens qui veulent s’inscrire sur les listes électorales de le faire, au moment même où il a mis en place des commissions de révision des listes électorales !
Voilà pourquoi, la sortie de Moubarack Lô pour argumenter le bien-fondé de la suppression du second tour ne peut-être perçue, à son corps défendant certes, que comme une autre diversion. Il est certain que M. Lô a perdu de vue la pratique électorale de Wade et son projet très avancé de proclamer son candidat vainqueur dès le premier tour. Ce hold-up électoral en perspective, est l’objectif majeur de toutes les entreprises et manœuvres mises en œuvre par Wade en direction des élections. Qu’il vente ou qu’il neige, Wade a décidé de ne pas aller au deuxième tour, comme ce fut le cas en 2007.
Pour cela, sa théorie pour remporter les élections est édifiante à tous les égards. Pour lui, il faut de l’argent, un parti et l’armée pour gagner n’importe quelle élection. C’est pourquoi, il s’échine à refonder son parti qu’il destine à son fils et croit dur comme fer qu’il a l’armée dans sa poche. Mais aucun de ces deux paris ne tient la route, si l’on tient compte des contradictions énormes que la vente de ses nouvelles cartes ont suscité dans sa mouvance politique et la participation massive des militaires, des gendarmes et des policiers au succès du boycott des législatives de juin 2007.
Toujours est-il que la suppression du second tour, dans son projet de hold-up électoral, mettrait l’opposition dans l’obligation de recourir à un contentieux électoral auprès du Conseil constitutionnel qui comme à son habitude, ne manquera pas de valider les résultats que le pouvoir lui transmettra. Dans ces conditions, c’est l’opposition qui est piégée entre recourir au contentieux juridique ou aller dans la rue. Mais Wade serait dans la légalité la plus parfaite. Par contre, si le second tour est maintenu et que l’opposition, ses partenaires de la société civile aux Assises nationales présentent une équipe crédible face à Wade, il serait obligé d’aller au second tour ou de décréter l’état d’urgence pour conserver le pouvoir.
Son hold-up serait mis à nu et serait combattu comme tel par les démocrates sénégalais et l’opinion publique africaine et internationale. C’est ce piège que Wade veut éviter en ayant recours à la suppression du second tour. Bennoo est donc interpellé pour assumer toutes ses responsabilités d’ores et déjà, pour obliger Wade à ouvrir de véritables négociations pour la refonte du système électoral sous l’égide d’une commission indépendante dont le président lui a été déjà proposé.
Accords signés avec la Chine
La presse vient de nous apprendre avec beaucoup d’enthousiasme les gros contrats d’investissement décrochés par Karim Wade auprès du gouvernement et des entreprises chinois. Ce qui est salué comme un « coup de maître » laisse cependant planer une grande incertitude sur les tenants et les aboutissants de cet accord. Tout le monde sait que la Chine ne donne rien pour rien. C’est ainsi qu’elle a obtenu le rétablissement des relations diplomatiques avec le Sénégal aux dépens de Taïwan en contrepartie d’infrastructures (Théâtre de verdure, réhabilitation de douze stades de football…).
Avec ces nouveaux accords, quelle est la contrepartie que Karim Wade leur a concédée au nom du Sénégal ? Nul n’ignore qu’en Afrique, la Chine est intéressée par les terres agricoles et les matières premières du sous-sol (pétrole et autres minerais stratégiques). Que vont donc coûter ces accords tant applaudis dans la presse ? Les gens doivent exiger de Karim, une explication claire, nette et vérifiable, ce qu’il a concédé à la Chine en contrepartie des accords.
Infrastructures de Wade
En fait, les infrastructures de Wade contrairement à celles de socialistes, sont des infrastructures de prestige fondées sur la spéculation foncière et immobilière, et la surfacturation des marchés publics. C’est le créneau principal par lequel Wade a fabriqué les « milliardaires sénégalais » dont il s’est vanté récemment. Ce ne sont donc pas des infrastructures de développement, mais d’enrichissement sans cause d’une caste d’hommes et de femmes qui gravitent autour de Wade. L’embellissement de la corniche, l’autoroute à péage et l’élargissement de la Vdn vont renforcer la concentration des activités économiques à Dakar et aggraver l’exode rural vers cette ville devenue plus belle.
Ce sont donc des infrastructures de mal-développement. Par contre, les infrastructures avec le Ps sur les barrages de Diama et Manantali pour aménager les terres du Delta, les barrages de Guidel et d’Afignan pour aménager les terres de la Casamance et le barrage de l’Anambé pour aménager les terres de la Haute-Casamance, ce sont là donc, des infrastructures de véritable développement dont Wade a hérité et, dont il est incapable de mettre en valeur au bénéfice des populations par ses choix politiques et économiques.





























