
Entre Wade et Idy, c’est le premier qui ouvre les hostilités après plus d’une année que le second ait été éjecté de la station primatoriale. En effet, du 22 avril 2004 au 13 juillet 2005, Idrissa Seck s’était emmuré dans un silence après avoir quitté son poste de Premier ministre. Les attaques répétées des « faucons » du Palais n’ont pas réussi à le sortir de son hibernation volontaire. Il a fallu, que le président Wade, recevant des transhumants socialistes, se prononce sur « Les Chantiers de Thiès » pour que son ex-sherpa sorte de son silence. Et là, les propos ont volé bien bas.
En effet le 13 juillet 2005, au Cices de Dakar et devant une poignée de transhumants socialistes venus de Thiès, Me Wade sonne la charge avec des accusations de malversations financières, avant de conclure que le dossier des « Chantiers de Thiès » a été transmis à la Justice.
Réponse de Idrissa Seck, la même nuit dans un CD diffusé sur les ondes des radios privées : ’’Jusqu’à l’extinction du soleil, aucun centime de détourné ne pourra m’être reproché.’’
Et le lendemain, au cours d’une conférence de presse mémorable au cours de laquelle, il déclarait que ’’la prison est un raccourci pour aller au Palais’’, le maire de Thiès détaille le financement des chantiers de Thiès : ’’les 40 milliards qui ont permis de financer les travaux de Thiès comportent les 25 milliards exceptionnels autorisés par le président de la République, auxquels s’ajoutent des ressources financières supplémentaires mobilisées grâce aux Grappes de convergence, 6 milliards pour 2004 et le reliquat, soit 9 milliards à inscrire pour le budget 2005’’.
Et quand les choses ont dégénéré en convocation à la Divison des investigations criminelles (Dic), du temps du fameux Assane Ndoye, Idy y va en prenant les Sénégalais à témoin : ’’Je ne suis ni diabétique, ni cardiaque. Dieu merci, je suis dans un parfait état de santé. Musulman convaincu, ou tout au moins aspirant à l’être, j’abhorre le suicide. S’il m’arrive donc quoi que ce soit, ce sera entièrement imputable à ceux qui m’ont convoqué. Je lutterai jusqu’au bout avec mes avocats, mes amis et mes partisans pour battre en brèche les accusations de malversations portées contre ma personne.’’. De la convocation pour « Les Chantiers de Thiès », les choses se muent en « atteinte à la sûreté de l’Etat ».
Et l’ex Premier ministre continue à balancer des Cd. Celui du 22 juillet 2005, est explosif en ce sens que M. Seck accuse Me Wade d’avoir ’’rompu le serment’’ qui les liait, livre des ’’secrets d’Etat’’ avec le gendarme porteur de mallettes, étale sur la place publique la rivalité entre le ’’fils biologique’’ soutenu par sa mère et ’’le fils d’emprunt’’ qu’il est. Et il ne manque pas de traiter Me Wade d’’’ancien spermatozoïde et futur cadavre’’. Ce que ne supportera jamais Karim Wade. C’est Me Wade qui sonne à nouveau la charge en accordant une interview à un hebdomadaire français alors que son ancien Premier ministre croupissait en prison.
En effet, le 10 novembre 2005, le président de la République confiait à « L’Express » sa déception sur le cas Idrissa Seck : ’’Je me suis trompé sur lui et il m’a trahi’’. Poursuivant, il excluait alors toute idée de réconciliation politique : ’’Il est tout à fait exclu que nous continuions à coexister dans le parti.’’ Et il ajouta ce commentaire pour le moins renversant : ’’Quand vous échappez à la morsure d’un serpent venimeux, vous ne l’hébergez plus chez vous’’. Aujourd’hui, il est à se demander si Idrissa Seck est passé de ’’serpent venimeux’’ à couleuvre...
Élargi de prison en février 2006, après d’intenses tractations secrètes entre les deux protagonistes via leurs émissaires (Mes Ousmane Sèye pour le président et Nafissatou Diop Cissé pour le maire de Thiès), Idrissa Seck qui s’est entre temps déclaré candidat à la présidentielle de février 2007, et qui a porté sur les fonts baptismaux le parti Rewmi, est l’invité de l’émission « Grand Jury » sur la « Rfm », le dimanche 22 octobre 2006.
Répondant à une question de Alassane Samba Diop sur le deal qui existerait entre lui et Wade, Idy déclare : ’’L’idée de deal est un fantasme du camp présidentiel. (...) Cela ne me ressemble pas. Il n’y a jamais eu et n y aura jamais de deal entre le président de la République et moi-même. (...) L’idée de deal est étrangère à ma conception de l’éthique de l’Etat et de la République’’.
Et d’ajouter dans la foulée : "Sauf volonté divine contraire, retenez donc qu’entre Abdoulaye Wade et moi, toute entente politique est derrière nous’’.
Après de nouvelles hostilités marquées par l’arrestation de ses gardes du corps, le refus par l’Etat de lui délivrer un passeport diplomatique et même ordinaire, les élections présidentielles du 25 février 2007 consacrent la victoire de Me Wade au premier tour. En mars 2007, Me Wade qui faisait face à la presse, évente le fameux ’’Protocole de Rebeuss’’ qui ressemble fort à ... ’’un deal ’’ que réfutait pourtant Idrissa Seck.
’’Nous étions dans une sorte de jeu d’échec à distance. Il m’a demandé à sortir de prison. Je lui ai demandé de rapporter l’argent qu’il avait pris. Et il s’est engagé à rembourser l’argent qu’il avait pris.’’, avait lâché Me Wade qui s’est même permis de pronostiquer sur son successeur : ’’En tout état de cause, ce n’est pas Idy. J’ai rompu définitivement avec lui. Nous nous retrouverons devant Dieu, le jour du jugement dernier’’.
Et Wade de conclure : ’’Ce ne sera pas lui, il faut qu’il le comprenne.’’ .





























