
C’est la Senelec qui avait annoncé en grandes pompes avoir injecté 21 milliards de francs Cfa pour assurer aux téléspectateurs sénégalais une coupe du monde tranquille. C’est la même Senelec qui est aujourd’hui sans voix pour nous expliquer pourquoi, elle ne peut simplement pas se taire face à l’ampleur du désastre.
D’où est venue l’idée de convoquer le ban et l’arrière-ban de la presse pour annoncer fièrement que 21 milliards ont été mobilisés dans une opération ponctuelle de satisfaction d’un besoin élémentaire. Conséquence, les très dynamiques « Imams de Guédiawaye » ont repris en vol la perle du chapelet, si l’on ose dire, pour décréter une « fatwa » qui passe bien au sein de l’opinion, en tout cas mieux que l’idée avortée ( ?) de Wade d’instituer une vice-primature : grosso modo, ils disent que si la Senelec est capable de mobiliser autant d’argent pour une fête, païenne ou pas, là n’est pas question –regardez « Paul » le poulpe allemand qui a étonné le monde avec la justesse de ses pronostics sur les matchs-, alors, elle est en mesure de le faire tout le temps ! La Senelec a dit ceci : « ok, je fais des efforts pendant le mondial, après, basta ! ». Les mots ont leur sens, et les non-dits aussi, les leurs. Ce n’est pas parce qu’on dit une chose qu’on ne dit pas autre chose.
C’est en tout cas l’image que la vénérable entreprise a renvoyée. Ce n’est pas ce qu’on dit qui est important, mais ce qu’on fait ! Y aurait-il un Sénégal des grands événements et autre Sénégal « normal », normal dans le manque d’ambitions, normal dans la frugalité de son offre sociale, normal dans le misérabilisme, normalement voué à subir les affres de récurrentes pénuries d’électricité ? Après tout, elle aurait pu se contenter de…se taire, d’assurer une fourniture optimale pendant un événement qui cristallise quand même toutes les passions sur terre. Les sénégalais auraient constatés et auraient bonne note. Et comme ça, d’éventuels délestages ne les auraient pas surpris. Mais vouloir rassurer jusqu’à inquiéter, alors que la question pouvait ne même pas se poser. C’est vraiment l’art de se créer des « emmerdes » pour rien en fait. La communication, ce n’est pas juste de la littérature, c’est bien un métier qui s’apprend dans de grandes écoles. Ce n’est pas une affaire de journalistes non plus, même si ces derniers s’y enfoncent, croyant que l’info, c’est la communication ; encore moins une affaires d’ingénieurs !
Certes, la Senelec n’est pas aidée par la complexité du dossier énergétique, sans doute l’un des plus « lourds » politiquement et économiquement parlant depuis la dévaluation du franc Cfa en 1994, mais ici, toute maladresse a les odeurs cramées d’un appareil bousillé ou nauséabondes d’aliments restés longtemps dans un frigo sans jus. Là, on n’est plus dans une logique de communication, à moins que la Senelec ne cherche, tendance masochiste de l’impuissance à faire face à une crise, à se faire mal. C’est la fameuse logique des suicidaires : soigner le mal par le mal…
Qui peut le plus peut le moins. Enfermés comme dans un conclave de cardinaux, les ingénieurs de la Senelec voient les effets inverses de leur boulimie. Présents du technique au commercial, en passant par la…communication, ils en oublient –on peut bien le dire ici- un principe élémentaire d’électricité, l’interaction de particules chargées sous l’action de la force électromagnétique. Ils veulent être « seuls » dans leur entreprise et comme le disait l’un de ses opposant à El Hadj Abdoulaye Wade, comme l’appellent certains commentateurs wolophones de la Rts, « se trompent seuls ».
Ces temps-ci, communiquer, c’est ne pas sombrer. On peut bien le faire en se taisant. Il y a une perte de crédibilité des autorités sur ce dossier qui fait que même si, la Senelec dit des vérités, l’opinion n’y croit pas. La communication n’est pas censée transformer un mensonge en vérité ; elle peut certes y arriver par la manipulation, mais la question retombe toujours, immanquablement : où faire résonner un tambour volé ?
On a beau communiquer sur un mauvais produit, cela ne lui donnera pas pour autant des vertus supérieures. Sur ce dossier, on en est arrivés au temps du pragmatisme : il n y a pas besoin d’explications, la réponse est au bout de l’interrupteur. Le vocabulaire des mégawatts et des milliards est usé ; il n’intéresse plus. La réalité est que cela ne dit rien aux gens, ils n’en mesurent pas l’impact, ni ce que cela signifie. Même le plus savant des intellos ne comprend rien aux kilowatts, ni ce que X milliard représente. C’est en tout cas, ce qu’on entend de plus en plus dans les médias.
C’est un dossier qui transcende les positions politiques. Il n’est pas facile. Les factures non payées de l’Etat et des collectivités locales, les fraudes à grande échelle, les passe-droits, les chefferies religieuses, ses agents véreux : pour sa défense, la Senelec aura de bons arguments. Mais elle sera en « préventive » tant que dureront les délestages…. Le produit, le produit et le produit !






























