
« Nous assignons le président de la République pour atteinte à la présomption d’innocence », a déclaré jeudi Me Olivier Metzner, l’un des avocats de l’ex-Premier ministre Dominique de Villepin, jugé dans l’affaire Clearstream.
Les avocats de Dominique de Villepin ont en effet jugé mercredi soir « scandaleux » les propos du président de la République au sujet des prévenus du procès Clearstream, propos qui selon eux violent les règles relatives à la présomption d’innocence.
« Deux juges indépendants ont estimé que les coupables devaient être traduits devant un tribunal correctionnel », avait déclaré quelques minutes plus tôt Nicolas Sarkozy, lors d’une intervention télévisée sur TF1 et France 2.
« M. Sarkozy affirmait de New York, devant toute la France, que M. de Villepin était coupable car il était traduit devant un tribunal », a tonné Me Olivier Metzner devant la 11e chambre du tribunal correctionnel.« C’est cela le respect de votre tribunal, de votre parquet ? C’est cela le spectacle que le président donne à la France de notre justice ? », a-t-il poursuivi, rappelant que « la présomption d’innocence fai(sai)t partie de nos textes fondamentaux ».
« On avait déjà voulu pendre au croc M. de Villepin, maintenant on le dit déjà coupable », s’est encore indigné l’avocat de l’ancien Premier ministre, faisant référence aux propos prêtés à Nicolas Sarkozy, selon lesquels il souhaitait que les faussaires fussent « pendus à un croc de boucher ».
« C’est une atteinte scandaleuse aux principes fondamentaux », a appuyé son confrère, Me Henri Leclerc, tout en relevant que si M. de Villepin voulait poursuivre le chef de l’Etat pour atteinte à sa présomption d’innocence, il ne pourrait le faire, M. Sarkozy jouissant d’une totale immunité judiciaire.
L’avocat de Nicolas Sarkozy, Me Thierry Herzog estime pour sa part qu’ « il s’agit de la déclaration d’une victime, d’un homme qui s’est constitué partie civile avant d’être élu président de la République ». Selon lui, une procédure à l’encontre du président serait d’ailleurs « vaine », à la suite de la modification de l’article 67 de la Constitution, définissant la responsabilité du chef de l’Etat. Une modification de la Constitution que Dominique de Villepin « a lui-même fait voter », fait-il remarquer.
L’affaire Clearstream est une vaste histoire de manipulation, dans laquelle des listings bancaires ont été falsifiés et transmis à la justice afin de faire croire que certaines personnalités, dont Nicolas Sarkozy, détenaient des comptes occultes. L’ancien Premier ministre Dominique de Villepin est poursuivi dans le cadre de ce dossier pour « complicité de dénonciation calomnieuse ».
Cette assignation - civile - devant le tribunal de grande instance de Paris devrait être formellement déposée vendredi.
Débuté lundi devant la 11e chambre du tribunal correctionnel de Paris, le procès doit s’achever le 23 octobre.

















