mardi 9 février 2010 - IDIOVISUEL, LA CHRONIQUE MEDIAS DE NETTALI
Wade et ses permanents du spectacle
NETTALI.NET - Pourquoi cette propension de la garde prétorienne de Me Wade à toujours tomber dans le propos démesuré ? Dans la faconde inutile et désespérément inefficace ? Dans le soutien inconditionnel justifiant toutes les dérives ? La semaine écoulée, après le raz-de-marée médiatique causé par le grand Magal de Touba, c’était, en veux-tu, en voilà dans le casting qui précise les rôles dans la super-production politique que prépare le Pds et mise en scène par son chef, Me Wade himself.

Dans le rôle des acteurs de seconde zone, il y a des seconds couteaux même s’ils occupent -ceci expliquant cela- de hautes fonctions au cœur de la République. La palette de représentations visite tous les genres cinématographiques. Parfois comédie dramatique (les héritiers qui évoquent le butin du vivant du pater), très souvent de la comédie-trash (un véhicule incendié la nuit dans le siège du parti le plus puissant du pays), la série Sopi-2010 peut aussi visiter le thriller (comment Idrissa Seck peut-il retourner la situation en sa faveur), le western-spaghetti (Farba Senghor, en Django, fait irruption dans le saloon et met en joue toute l’assistance : haut les mains, que personne ne bouge, je renouvelle), l’aventure (comme dans Prison Break, Massaly va t-il faire la belle de la maison d’arrêt et de correction de Thiès), la science-fiction (« donner » une région du Sénégal à nos frères Haïtiens favorables au retour en Afrique, comme l’a laissé entendre, Cheikh Bamba Ndiaye, le ministre de la Presse et des affaires religieuses), l’émission de télé-achat (Mme le ministre d’Etat Awa Ndiaye et ses cuillères facturées à 37.500 francs pièce) mais aussi le film d’horreur, celui que l’on interdit aux enfants et qui donne des frissons aux adultes, avec le rageant sentiment, chaque jour décuplé, que l’on se joue de la masse laborieuse qui n’a pas souvent les moyens de se payer un ticket de salle de cinéma, son budget loisir n’existant plus. Encore qu’avec les libéraux, le cinosh, c’est gratos....

Ici, on ne demande pas beaucoup de talent aux artistes du « roi », mais surtout de la présence scénique et vocale, si l’on ose dire. Surtout, de la voix ; se faire entendre ; crier sur tous les toits au risque de voir leurs échos, d’abord balbutiants dans les étroites vallées de ce que l’on peut s’autoriser à dire en public sous nos cieux, murir lentement et sûrement dans le terreau offert par l’effet dé-multiplicatif des médias, pour ensuite devenir de violentes sarabandes sonores qui perturbent la quiétude de toute démocratie apaisée digne de ce qualificatif.

Ils parlent, ils parlent, sans se soucier le moins du monde de la portée de leurs propos. C’est du pain béni pour la presse. Me Wade tient à sa disposition une large gamme de supporters inconditionnels dont le trait caractéristique est -les cinq sens éteints- la défense, conventionnelle ou non, des actes posés par le président de la république. Contre vents et marées, cyclones et tsunamis, ils restent fermes : le pape du Sopi ne se trompe jamais. Ils arborent d’honnêtes costumes pour aller au palais de la République, mais endossent la salopette bleue de chauffe dès que le moteur chauffe. Parfois, on ne leur demande point de faire les gorges profondes, mais l’habitude est une seconde nature. Le zèle des amis est parfois plus néfaste que la haine des ennemis.

Puisqu’on fête le cinquantenaire de la République du Sénégal, une question toute simple affleure : y a t-il eu depuis l’indépendance un ministre de l’Intérieur que Bécaye Diop ? En général, le premier flic du pays, chargé de l’administration du territoire et de sa surveillance, de la loi et de l’ordre, a normalement maille à partir avec ses détracteurs au sujet du respect des droits de l’Homme, de l’assurance de la sécurité des personnes et des biens, de la sincérité du processus électoral, et tutti quanti. Mais avec le maire de Kolda, c’est comme de « la catastrophe sans cause ! »

On connait les effets des mouvements de l’écorce terrestre dans la survenue des séismes, du réchauffement climatique sur la montée des eaux, même du tabac et de la cola sur le faciès d’un ponte de la République ; mais encore une fois, avec l’ancien ministre des Forces armées, le box-office des gaffes républicaines s’est trouvé une idole qui affole les statistiques. D’abord, il menace de ses foudres quiconque touche à un cheveu de « ses  » gendarmes ; ensuite, à Sédhiou, face à des potaches en grève et qui sont allés jusqu’à vandaliser les bureaux du gouverneur de la région pour réclamer des professeurs en nombre, il leur fait savoir que n’eut-été son attachement à ce terroir, il donnerait l’ordre à « ses  » policiers de faire feu sur la foule. Enfin, la perle de l’année : conduisant la délégation officielle à Touba, il laisse entendre que la ville sainte des Mourides n’a pas son pareil. Les autres familles religieuses ont apprécié....

Bécaye Diop n’est qu’un exemple parmi tant d’autres Il y a Madické Niang, le ministre des Affaires étrangères, qui soutient avoir freiné les ardeurs de l’écrivain Abdou Latif Coulibaly alors que personne, alors personne, n’a vu un feuillet du livre-réponse en question. Voilà les faits : un ministre en fonction qui dit en public quelque chose qui ne correspond pas à la réalité. L’avocat, pour plaider sa cause, a expliqué que « des bonnes volontés » l’ont dissuadé sitôt publiées les bonnes feuilles du bouquin en question. Que dire ensuite du journaliste Bamba Ndiaye, ministre porte-parole du président de la République, en charge des relations avec la presse et des affaires religieuses ? Et de son autre confrère Yaya Sakho, un membre de la cellule-médias du palais ?

Dans les talk-show, les laudateurs anonymes de Wade (en fait des militants rétribués en cartes téléphoniques) ont fait leur temps. Maintenant, ce sont des acteurs, honorables sous tous les rapports en raison des hautes charges étatiques qui pèsent sur leurs épaules, qui montent au front. Ces nouveaux fantassins ne sont jamais à court de munitions, la logistique en arrière tournant à plein régime. Leurs munitions ? Ce sont tous les événements et prétextes qui nécessitent l’émission d’une voix autorisée, qui exigent la parole de la puissance publique. Et là, patatras ! Très souvent, l’affaire se termine par des jets d’œufs pourris du public. Mais qu’ils s’en moquent des réactions courroucées de l’assistance ! Si ces œufs n’étaient pas pourris, ils en auraient d’ailleurs fait des omelettes, comme finissent justement tous les œufs qui n’ont pas eu la patience de se faire couver par leur mère, comme l’expliquait un jour Idrissa Seck, lors d’un meeting d’expiation à Thiès, sous le regard satisfait du grand metteur en scène.

Il y a du tout chez les intermittents (permanents devrait-on dire) du spectacle, version Wade. Il y a le boute-en-train qui amuse la galerie pour faire oublier une pilule amère ; ensuite le Baye-Fall qui a l’excuse de la soumission totale en son maître-de-président ; enfin, il y a le fou du village que l’on n’invite jamais, lors des grandes rencontres du village mais qui, par ses frasques, en est toujours le principal centre d’intérêt. Tout ceci prêterait à sourire si ce vaudeville permanent ne concernait pas pus de onze millions de Sénégalais.

- Par Papisco -


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