mardi 15 décembre 2009 - DIALOGUE POLITIQUE, CONFLITS SOCIAUX, CONSENSUS NATIONAUX...
Wade ou le culte de la confrontation
NETTALI.NET - C’est peu de dire que le Sénégal vit sous tension politique. Avec un président de la République, réélu au premier tour, il y a tout juste deux ans, et qui dispose d’une écrasante majorité au sein des deux chambres du Parlement, il y a lieu de s’interroger sur les raisons qui expliquent cette montée du mercure dans le thermomètre social.

Aujourd’hui, le Sénégal est loin d’être une démocratie apaisée. Le dialogue politique entre le pouvoir et l’opposition est rompu ; pour la première fois dans l’histoire politique de ce pays qui a perdu son statut de «  vitrine démocratique  », le chef de l’Etat est en conflit avec des franges du clergé catholique et des mollah ; il y a surtout une crise morale renforcée par les usages d’un pouvoir exécutif qui « fait ce qu’il veut  », comme le déplorait récemment Lamine Diack, le patron de l’athlétisme mondial.

Comme le recommande la tradition républicaine, toujours à la recherche du consensus le plus large possible, une concertation avait débuté il y a deux semaines au sujet de modifications à apporter à la loi électorale, sur des sujets d’importance. Finalement, cela a abouti à un clash, l’opposition regroupée au sein de la coalition « Bennoo Siggil Senegaal  » ayant décidé de bouder les « concertations  » entamées sous la direction du nouveau ministre de l’Intérieur, Bécaye Diop. Et là, les arguments ont volé très bas !

Il faut dire que le maire de Kolda, un cacique du Pds, n’a rien fait pour rechercher le consensus. D’emblée, il s’en est pris à la presse, proposant un projet de loi interdisant la diffusion, par les médias, des résultats affichés dans les bureaux de vote dès après 18 heures. Conséquence, le locataire de la Place Washington subira un lynchage médiatique en règle. Le secrétaire général du Ps, Ousmane Tanor Dieng, tiendra ces mots : « le ministère de l’Intérieur est trop lourd pour lui !  » Les arguments vont voler très bas.

Ainsi, on évoquera un instituteur à mobylette qui pétaradait avec son deux-roues dans la capitale du Fouladou et qui est devenu ministre de l’Intérieur à la faveur de l’arrivée de Me Wade au pouvoir. Certes, l’instituteur est au cœur de la République car formant le citoyen ; on le sait depuis Jules Ferry. Mais c’est l’ambiance globale qui entoure le régime de Wade que toute petite bête est systématiquement recherchée pour répondre aux assauts du président de la République.

Le défunt président du Conseil, Mamadou Dia, était pourtant instituteur, certes diplôme de Ponty. Il a dirigé le gouvernement. Beaucoup de figures du Sénégal ont entamé leur carrière par la fonction d’enseignant -parmi eux, l’actuel président de la République. Personne n’y a jamais trouvé à redire. Si Bécaye Diop lui-même estime que l’opposition le considère « comme un pauvre type », c’est sans doute parce que le règlement de comptes, jusqu’à tous les niveaux, est devenu la règle. Par ce fait, c’’est vraisemblablement Me Wade qui donne du grain à moudre à ses détracteurs...

Résultat : il n y a plus de dialogue politique, les deux termes du champ d’action se regardant en chiens de faïence. Le dialogue est rompu dans les faits depuis que les conclusions des « Assises nationales  » ont été rendues publiques ; et même au-delà, depuis le boycott par d’importants partis politiques des dernières législatives, s’auto-excluant ainsi du Parlement à cause des suspicions de fraude qui ont accompagné, en 2007, la réélection de Me Wade à la tête du Sénégal. Un président réélu qui très vite va accentuer sa propension à la confrontation ; une situation qui a atteint son paroxysme la semaine qui a suivi la célébration de la Tabaski.

Prenant la posture d’un président-talibé ( ?), lors de la pose de la première pierre de la nouvelle grande mosquée des Mourides à Dakar, au risque se se faire poser des questions sur ses motivations réelles, il a « chargé  » la communauté chrétienne, l’accusant de ne pas être « reconnaissante  ». Le chef de l’Etat a grandement participé à la réhabilitation de la cathédrale de Dakar et participe souvent financièrement aux manifestations organisées par l’Eglise catholique. En riposte, le curé de Gorée, l’abbé André Latyr Ndiaye a démontré qu’il n y avait pas seulement des enfants de choeur au sein du clergé : « Se désoler ou s’indigner de ne pas recevoir assez de marque de reconnaissance de la part de la communauté chrétienne du Sénégal, relève de la vantardise et d’une boulimie de louanges. L’orgueil pue dans les chaumières des paysans comme dans les palais des rois et des gouverneurs savamment désinfectés tous les jours  ». Ambiance, ambiance...

Avec le magistère libéral, la confrontation et le rapport de forces sont devenus des références dans l’échelle des valeurs. Dans son propre camp, les leaders politiques usent, jusqu’à user la corde républicaine, du chantage pour revenir au premier plan. D’où la triste réalité d’un président de la République qui voit des départs de feu un peu partout. En a t-il seulement conscience ?

- Par Papisco -

  • Wade ou le culte de la confrontation

    15 décembre 2009 07:39, par LIBERTE
    Sénégal ne perd pas ton image de pays démocratique tu dois rester un pays de paix ne laisse pas la politique ruinée ce que tu as conquis « l’indépendance et la démocratie » moi qui suis étranger résident dans ce pays ,j’ai toujours était admiratif devant votre courage à subir les crises politiques,les drames comme les inondations et autres fléaux comme le paludisme,la difficulté des soins de santé. De confession musulmane j’espère toujours en l’homme et de sa réflexion à trouver le juste chemin pour mener à bien la mission que dieu lui a confié et je souhaite que A.WADE soit cet homme que vous avez élu dans le respect de la démocratie
  • Wade ou le culte de la confrontation

    15 décembre 2009 09:18, par Gorgui
    Il paraît que Béthio Thioune a perdu la vue depuis le jour de la Tabaski. Qu’en pensez vous ?
  • Wade ou le culte de la confrontation

    15 décembre 2009 09:45, par Mody Diop, DSD, ENEA

    Je suis d’accord qu’il y a des échanges de propos aigres-doux et tantôt violents. Pour autant cela ne fait pas du « Sénégal une démocratie peu apaisée ». Je pense qu’une démocratie en marche fonctionne de cette façon. Les acteurs se parlent, discutent, se disputent parfois. C’est le charme de la démocratie j’allais même dire une de ses caractéristiques fondamentales. Dans tout pays démocratique les hommes politiques font cela. Au Sénégal on a connu des moments de loin plus durs que ce à quoi nous assistons aujourd’hui.

    vous avez évoqué un président qui aime la confrontation. Je suis d’avis avec vous. Cela n’étonnerait guère de la part d’un enseignant, avocat et opposant pendant un quart de siècle !

  • Wade ou le culte de la confrontation

    15 décembre 2009 15:49, par Ndiathiar

    Il y’a un éléphant dans la pièce !

    Pour dire qu’il y’a comme un consensus de l’opinion qui fait que personne ne s’interroge sur la responsabilité du « marabarout » de notre Président-Talibé.

    Dans des relations normales, sincères et désintéressées, un marabout a l’obligation morale de rappeler à l’ordre son disciple quand il fait des bourdes aussi énormes que celles de Wade.

    Après l’implication de Mbackiou Faye dans le scandale du monument de la « Renaissance Africaine », il y’a aussi lieu de se demander pourqoi il a été choisi pour représenter le Khalife Général de mourides à Dakar...

    Abdoulaye Wade est devenu un danger et une menace pour l’unité nationale et la paix sociale du Sénégal !

    Salam.

  • La symétrie Diouf - Wade ? Diouf entre par la petite porte et sort par la grande porte. Quel honneur ! Quelle grandeur d’homme ! Wade entre par la grande porte et sort par la petite porte Quel dommage ! Quelle ingratitude !


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