mercredi 19 décembre 2012

LIBRE PAROLE SUR L’EDUCATION SENEGALAISE
Hérésies de notre système éducatif

CONTRIBUTION : Le système éducatif sénégalais ne cesse de dégringoler au fil des années. Pour s’en rendre compte, il suffit juste de suivre les micros-trottoirs réalisés sur l’espace universitaire. On a même souvent du mal à admettre que les étudiants qui s’y expriment ont le niveau du brevet tellement leur niveau de français est scandaleux pour ne pas dire calamiteux.


Avec la récurrence des grèves et les changements qui interviennent dans la prise en charge des questions liées à l’enseignement, il est difficile voire impossible d’y voir clair. Et pourtant on ne cesse de nous ressasser que les 40% du budget de l’Etat reviennent à l’éducation. Entre le volume des dépenses consacrées au secteur et les résultats obtenus au bout du compte, il y’a des milliards de questions à se poser. L’évocation de la classe fréquentée par l’élève ne peut désormais renseigner en rien sur son niveau réel du fait d’un criard manque de rigueur qui encourage le passage des médiocres au pallier supérieur.

Ceux de ma génération ainsi que nos prédécesseurs doivent presque tout à l’école publique qui était le creuset de l’excellence et la sève nourricière des élites mais force est de reconnaitre que tel n’est plus le cas. De notre temps (Dieu sait que je suis loin d’être une momie du paléolithique), excepté l’enseignement catholique, le privé était juste le réceptacle des recalés au concours de l’entrée en sixième. Actuellement on observe une tendance inverse, l’école privée représente l’idéal et celle publique un choix par défaut.

Les enseignants de naguère étaient des modèles de compétence et de comportement qui œuvraient corps et âme pour la réussite de leurs élèves. La fonction enseignante était une vocation valeureuse et non une bouée de sauvetage permettant de faire face au naufrage socioéconomique ambiant des temps présents. La ligne de conduite adoptée par l’Etat dans le domaine insiste plus sur l’approche quantitative au détriment de la qualité juste pour se conformer aux exigences des institutions de Bretton Woods. Elle obéit plus à un équilibre des agrégats macroéconomiques et à une absorption des financements alloués par les bailleurs de fonds

Pire, le contenu de nos enseignements n’est pas très en phase avec nos réalités socio-culturelles car restant plus dans la veine de l’école coloniale. Notre identité africaine n’est pas mise en valeur dans nos programmes, on sait tout de la Révolution Française alors que les différents points de la Charte du Mandé sont ignorés. Nous gagnerions à penser pour nous et par nous tout en ayant une ouverture d’esprit qui prenne en considération le caractère globalisé du monde actuel dans lequel nous vivons. On aurait pu exiger l’apprentissage d’une langue africaine non maternelle à l’école. Dans des nations embryonnaires aux équilibres souvent précaires, ce pourrait être une source de réduction des incompréhensions.

Le plus inquiétant reste l’inadéquation qui existe entre nos contenus de formation et nos objectifs de développement. Avec un pays composé à 70% de personnes s’activant dans le secteur primaire et une autosuffisance alimentaire loin d’être acquise, nous ne formons pas cent ingénieurs agronomes par an. Pendant ce moment des milliers d’étudiants s’entassent comme des sardines dans les amphithéâtres pour apprendre le droit, l’anglais ou la géographie. Le jour où nous parviendrons à assurer l’essentiel de la production de notre consommation, nous revendiquerons fièrement une bonne part de notre indépendance. A l’université l’échec est devenu la règle et la réussite l’exception d’où le grand rush vers la formation professionnelle privée.

Cet état de fait devrait pousser les décideurs à réfléchir sur une réforme des cursus de formation pour les adapter à la nouvelle donne. Il est aussi du devoir de l’Etat d’exercer un contrôle sur les contenus des modules proposés par les instituts de formation. Il y va de la crédibilité des diplômes délivrés. Certaines formations fantaisistes sont plus une arnaque qu’un sésame ouvrant les portes du marché de l’emploi. L’invasion ‘’bana-bana’’ a aussi gangréné ce domaine sensible.

Des non instruits et autres recalés de l’école française ont pu subir un apprentissage pratique au niveau d’ateliers pour l’acquisition d’un métier et ils comptent dans le dispositif productif de l’économie informelle. Il serait alors utile de leur apporter une mise à niveau technique afin de leur assurer une opérationnalité efficiente. De la même manière il faut apporter aux élèves des écoles coraniques des modules leur permettant de pouvoir s’insérer dans le tissu économique une fois leurs études terminées. Il faut éviter toute discrimination en matière de formation, tout citoyen peut être porteur de valeur ajoutée, il suffit juste de lui en donner les outils et les atouts.

Si nous regardons de plus près la mobilité professionnelle offerte par la mondialisation, le savoir et le savoir-faire sont devenus des produits exportables au même titre que le pétrole ou le poisson. Cela, les Indiens l’ont bien compris avec les sortants des écoles de Bangalore qui rayonnent sur l’informatique mondiale. Compte tenu des nobles motivations qui animent tout immigré sénégalais, il serait intéressant de donner à nos jeunes les rudiments qui leur permettent d’aller à la conquête du monde afin qu’ils ne soient plus de simples vendeurs à la sauvette arpentant les rues des mégalopoles occidentales. Le gain qu’ils en tireront impactera forcément sur le vécu des familles restées au pays.

L’avenir dont nous rêvons pour nos futurs enfants passe forcément par un enseignement de qualité. On ne peut avoir un citoyen intègre, productif, compétitif et consciencieux sans une formation bien pensée dans ce sens. Redonner à l’école publique son lustre d’antan, trouver des solutions structurelles aux problèmes cycliques de l’éducation en mettant un terme aux arrangements conjoncturels, former de manière utile et adaptée dans les domaines porteurs de progrès économique et social constituent les gages incontournables de l’essor auquel nous aspirons.

Il est illusoire de construire un grand édifice solide et durable sans les fondations requises. Les infrastructures restent des leviers de production et de croissance mais les personnes devant en jouir ne doivent point être laissées en rade. Le meilleur investissement fait sur un homme reste une bonne formation. Le fait de le savoir et de s’y conformer est le premier jalon de tout développement économique.

AMADOU SARAKH NDIAYE



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  • {#EMAIL,70,#CHEMIN{images/gravatar.png}}
    lamine
    19 décembre 2012 09:16

    Merci et merci.Des personnes comme “toi” doivent contribuer le plus souvent possible. Je voudrais vraiment connaitre cette personne. J’aurais dit la même chose.C’est magnifique comme reflexions


  • {#EMAIL,70,#CHEMIN{images/gravatar.png}}
    lamine
    19 décembre 2012 09:23

    Merci et merci.Des personnes comme “toi” doivent nous parvenir leurs contributions le plus souvent possible. Je voudrais vraiment connaitre cette personne. J’aurais dit la même chose.C’est magnifique comme reflexions.J’aimerais bien faire votre connaissance pour développer un cadre de reflexions dans ce sens.


  • {#EMAIL,70,#CHEMIN{images/gravatar.png}}
    19 décembre 2012 10:25

    Comment peut on assurer une formation de qualité avec les grèves des enseignants pour qui tous les moyens sont bons pour avoir de l’argent et ne pas faire son travail.

    Ils vont en grève et n’ont pas honte de percevoir des revenus qui ne sont pas le fruit de leur travail.
    Wade a été victime de ces syndicalistes plutot maitres chanteurs avec l’appui des partis d’opposition qui sont aujourd hui victimes de ces maitres chanteurs.
    Dès qu’on lance un os et que le maitre chanteur rentre dans les rangs, hop un autre prend sa place et vogue la galère.

    Au fond qui trinque c’est toujours le peuple, les autres de l’opposition au parti au pouvoir ils envoie leurs enfants loin de ce bourbier.
    Devons nous pas faire comme certains pays qui obligent les dirigeants, et hauts fonctionnaires à aller dans les écoles du pays.
    Alors on s’occupera peut être de l’école publique victime des enseignants qui courent aprés les sous.

    Ce gouvernement doit revoir le fonctionnement des syndicats pour arrêter la ruine du pays en prenant les mesures suivantes.
    - chaque syndicat doit avoir un compte bancaire et une liste de tous ses membres à jour.
    Quand un syndicat dépose un préavis de grève il doit avoir en banque le montant équivalent aux jours salaires des grèves projetés.
    - Dès que la grève est enclenchée une saisie équivalent aux jours salaires sont bloqués et serviront à couvrir le salaire des grévistes.
    - l’état et les parents d’élèves doivent aussi attaquer les syndicats en justice pour les faire condamner en plus de dommages et intérêts.
    Ainsi les syndicats bidons vont mourrir de leur propre mort.
    Rappelez vous la grève du métro à New York la ville a esté en justice et le syndicat a été condamné à un million de dollar par jour de grève.
    la suite vous la connaissez, ils ont repris le travail et continué la négotiation.

    Loin de moi l’idée de nier le droit et les demandes des travailleurs mais il y’a quand même des limites que les travailleurs ne doivent pas dépasser.
    Il en est de m^me au niveau des dirigeants du pays.
    Que peut penser un citoyen qui voit un ministre dégommé récemment qui se permet SVP de donner à ses 3 femmes des véhicules de l’état avec cahuffeur et qui demandant à ceux qui ont volé l’argent de le ramener au pays.

    un autre qui en un séjour bref à l’autorité de l’aéroport s’est rempli les poches de pourboire pour autoriser une compagnie aérienne à avoir deux vols par jours sur les 7 jours que compte la semaine et j’en passe des autres avantages à d’autres au détriment des intérêts de notre pays.

    Alors mesieurs les dirigeants l’exemple ne doit pas venir des autres.......



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