
CONTRIBUTION - Le choix du meilleur sportif et du meilleur footballeur sénégalais 2012 porté sur les sélections masculine et féminine de basket-ball U18 et Demba Bâ suscite de si nombreuses critiques et interrogations sur la culture sportive des journalistes sportifs qu’il serait prudent pour l’ANPS de mener la réflexion et prendre en compte la formation.
En suivant avec attention l’élection du meilleur sportif et celle du meilleur footballeur sénégalais de l’année 2012, j’ai été très surpris de constater que dans les rédactions sportives, la formation s’impose aujourd’hui. Le choix des nominés pose énormément problème pour nous journalistes sportifs. L’association nationale de la presse sportive (ANPS) a fait ce qu’elle avait à faire, en définissant des critères très objectifs, par ordre de performance.
Notamment, les jeux Olympiques d’abord, les championnats du monde, les championnats d’Afrique et les compétitions sous-régionales communément appelées zonales. Mais le seul bémol sur la liste des nominés au titre de meilleur sportif est d’avoir inscrit le nom du lutteur Balla Gaye. Ce dernier qui n’a disputé qu’un seul combat face à Yakhya Diop “Yékini” ne devait même pas y figurer, compte tenu des critères déjà établis. Ce qui fausse au départ le choix.
L’autre manquement est qu’on ne peut pas donner des fiches à des rédactions sportives sans pour autant savoir que la lutteuse Isabelle Sambou est championne d’Afrique de lutte, médaillée d’or au tournoi qualificatif des Jeux olympiques, regroupant les Zones Afrique, Asie et Océanie, et finaliste de la médaille de Bronze aux JO. Des jeux olympiques où elle a été écartée au “Clinch”, c’est-à-dire au tirage au sort et dont la malchance a été d’arborer un maillot bleu alors que dans le règlement c’est toujours l’athlète qui porte le maillot rouge qui choisit pour le toast. Et cerise sur le gâteau, elle est dans le Top Ten mondial en plus de son titre de championne du monde Beachwrestling. Qui peut mériter mieux que cette brave dame, le titre de meilleur sportif de l’année 2012 ?
La lanceuse de Marteau Amy Sène a été double fois championne d’Afrique à Nairobi en 2010 et à Porto-Novo en 2012, médaillée d’or aux Jeux africains de Maputo en 2011. Cette talentueuse athlète s’était qualifiée lors des championnats de France en établissant un nouveau record d’Afrique du lancer du marteau avec un jet de 69,10 m. Du coup, elle effaçait des tablettes le record de 68,48m de l’inamovible Égyptienne Marwa Hussein depuis plus d’une décennie. Amy Sène est aujourd’hui la seule athlète à détenir un record d’Afrique après celui de Cheikh Touré à la Longueur battu il y a juste trois ans par le Sud-africain Khosto Makuena. On ne peut pas aussi passer sous silence les performances de Binta Diédhiou qui conserve son titre de championne du monde francophone. Normalement, si les journalistes qui ont voté avaient une très bonne culture sportive, le trio de tête ne devait pas échapper à ces trois braves championnes : Isabelle Sambou qui aurait pu être talonnée par Amy Sène et Bineta Diédhiou.
Le choix de Demba Bâ ? Peu inspiré !
Le titre de meilleur footballeur aussi est très discutable car le choix porté sur Demba Bâ pose. Ce dernier n’a été bon qu’en début de saison et l’arrivée de Papiss Demba Cissé à Newcastle a refroidi les ardeurs de l’ancien buteur de Hoffenheim. Sans compter que Demba Bâ est passé à côté de la Can 2012 en plus de ses performances plus que moyennes en équipe nationale. Ensuite, au sein de la Tanière, Demba Bâ n’est pas un exemple à cause de ses écarts de langage et surtout de son attitude souvent “dégueulasse” auprès des dirigeants et autres.
Souleymane Camara méritait mieux ce titre à mon avis surtout que l’ex “danois” Dame Ndoye n’avait aucune chance au regard du niveau du championnat danois, même s’il avait été couronné champion avec le FC Copenhague, en plus du titre de meilleur buteur avec 25 réalisations.
Dans un pays de tradition sportive, on n’a jamais choisi comme meilleur sportif la petite catégorie. Le Sénégal fait exception à la règle pour la seconde fois après celui décerné au karatéka Abdoulaye Diop qui a été champion du monde junior en 2006. Les sélections de basket U18 garçons et filles auraient pu être récompensées par un prix spécial pour consolation afin de les pousser vers le sommet. Sinon, pourquoi ne pas récompenser aussi la lutteuse Anta Bèye Sambou, championne d’Afrique junior récemment à Madagascar ?
Les sélections nationales de Handball juniors garçons et filles n’ont pas gagné un titre africain comme mentionné dans les fiches envoyées aux différentes rédactions. Elles ont remporté un tournoi plus connu sous le nom de Challenge Trophy qui a regroupé les sélections nationales de la sous-région et pas toutes à la fois. C’est le lieu de rappeler qu’une information ne doit pas être biaisée, pour la bonne gouverne de l’opinion. Nous sommes des journalistes et notre mission est de veiller mais aussi de donner une très bonne information.
Savoir lire les fiches de performances
Aujourd’hui, au sein de la presse sportive, il y a la mer à boire. Si nous ne sommes plus capables de lire des fiches de performances ou, encore moins, de définir des critères sur lesquels reposent ces performances, la formation s’impose nécessairement.
Et à l’arrivée, le dispositif dit de concertation a été largement marginalisé dans le processus décisionnel. Toutes les informations de base (composition du Jury, sélections des nominés, grille de lecture des performances) que l’ANPS a mis à la disposition des rédactions sont restées assez opaques et peu compréhensibles pour la plupart des journalistes sportifs. C’est dommage ! Et comme résultat, frustrations et incompréhensions sont encore au rendezvous.
D’où la nécessité aussi de définir un nouveau barème de bonification. Exemple : pour une participation aux Jeux olympiques, c’est 20 points, 15 pour les championnats du monde, 10 pour les championnats d’Afrique et 3 points pour la région. Comment comprendre aujourd’hui qu’un champion d’Afrique devance une finaliste de médaille de Bronze aux Jeux olympiques ? Absurdité, paradoxe !
SOS aux ainés
C’est pourquoi aujourd’hui j’interpelle certains de nos aînés comme Pathé Fall Dièye, Abdoul Magib Sène, Mamadou Koumé, Abdoulaye Ndiaga Sylla, Cheikh Tidiane Fall, Jean-Marc Diakité, Momar Seyni Ndiaye, Abdoulaye Diaw, Pape Amadou Fall, Abdoulaye Dabo, Tidiane Kassé, Mamadou Kassé, Babacar Khalifa Ndiaye, Pascal Wane, Oumar Bâ, Serigne Mour Diop, Babacar Noël Ndoye, Mamadou Diouf et autres à nous aider, nous journalistes sportifs, dont le seul tort est d’avoir cette passion qui nous anime tous : le sport.
Nous avons besoin aujourd’hui de l’encadrement de ces aînés, sinon c’est la presse sportive sénégalaise, elle qui faisait la fierté des années 60, 70, 80 et 90, avec des journalistes talentueux comme Alassane Ndiaye dit Allou, Serigne Aly Cissé Tony Stephen, Abdoulaye Niang, Ballabasse Diallo, Alioune Badara Diagne “Golbert”, Aly Kheury Ndaw, Alcino Dacosta, Alain Agboton, Cheikh Tidiane Djigo, Ameth Bachir Kounta, Garang Coulibaly et autres, c’est cette presse sportive là qui risque d’être laissée en rade par ses pairs africains.
Aujourd’hui, il faut que l’on sache tirer le meilleur de tout car les temps sont propices justement au meilleur. Les réalités actuelles demeurent incertaines. Rehausser notre presse sportive à la hauteur de son potentiel historique ne sera pas une tâche facile. C’est seulement en privilégiant la formation dans son ensemble que l’on pourra espérer y arriver. Pour la presse sportive sénégalaise, en tout cas, c’est l’heure de la réflexion. Espérons que ce soit le moment opportun.
SPORTIVEMENT. MBAYE JACQUES DIOP mbayejackdiop@yahoo.fr






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