
Les choses se compliquent ou s’éclaircissent. C’est selon qu’on se trouve dans le camp du chasseur ou du pourchassé. La levée programmée des immunités parlementaires de certains gros calibres du Pds, comme Ousmane Ngom, Oumar Sarr ou Abdoulaye Baldé, constitue un indéniable pas dans la direction de la résolution des affaires des biens mal acquis. Ce qui ne prouve nullement leur culpabilité, mais permettant de les entendre et à eux de justifier qu’ils ne sont pas les prédateurs de biens publics comme cela est étalé dans tous les quotidiens.
Ces accusés de méfaits se disent sereins et déterminés à vendre chèrement leur peau. On verra bien. Mais ces spectacles à l’Assemblée Nationale qui frisent la corrida politique, où le personnage qui doit être immolé au milieu de l’arène, est déjà condamné, nous l’avons déjà vécu. En 2004, lorsqu’il s’agissait de piétiner Idrissa Seck, qui ne se souvient de la danse macabre de Doudou Wade au milieu de l’hémicycle, comme s’il tenait en mains le scalp du maire de Thiès ? On sait ce qu’il en advint, et on comprit alors que le but était d’enrober du sceau de la représentation populaire une décision politique déjà prise.
Qu’est-ce qui a changé ? Pas grand-chose, à part le volume des sommes en cause dans ces dossiers. On assista au même cirque, lorsqu’il s’agit de débarquer Macky Sall du perchoir de cette Assemblée Nationale en faisant voter un absurde règlement qui allait l’en éjecter.
Parions que dans quelques mois cela recommencera pour dire à Moustapha Niasse que le show a assez duré et que les premiers fidèles du Président de la République attendent leur tour. On votera le renouvellement du règlement qui fixe son mandat à la tête des députés à un an, et on verra là encore une mise à mort politique.
Mais le pire dans cette histoire est qu’on va faire de présumés innocents, des coupables de fait, mais surtout que notre classe politique dans toute son entité va donner au monde entier, le triste spectacle d’une classe politique de prédateurs qui vont se jeter des montants indécents à la figure. Nos hommes politiques n’en sortiront pas indemnes. Quels qu’ils soient et quelle que soit leur station actuelle.
Et voilà qu’en plein épisode de levée des immunités de ces personnalités, s’invite un personnage que peu de gens connaissaient et qui trimballe dans ses valises des chèques, d’une valeur totale de 3 milliards, censés appartenir à Maître Abdoulaye Wade qui l’aurait commis pour assurer certaines emplettes immobilières et rembourser quelques menues dettes. C’est hallucinant !!! Le parti de ce dernier est monté au créneau pour dire que rien ne semblait anormal dans cette démarche. Pardi !!! Ils révèlent que cet argent provient d’un don d’une personnalité saoudienne, amie de notre ancien chef d’état, qui lui en aurait fait cadeau. Ben voyons !!! Monsieur Aïdara Sylla est un porte-valise singulier. Que va-t-on lui reprocher ? D’avoir fait le coursier ? Il surgit là deux difficultés.
La première est la vérification de cette version servie par le petit télégraphiste et ses amis libéraux. Comment notre Justice va-t-elle aller voir ce prince arabe, ou le tonton d’Amérique, pour lui demander si tout ce roman n’est pas de la fiction ? Il y a des règles diplomatiques convenues et admises, ainsi que des coutumes propres à ces pays arabes qui interdisent de le faire. On marche sur des œufs. La somme saisie en chèque est impressionnante, elle n’était destinée selon le coursier qu’à régler quelques problèmes.
On s’imagine sans mal ce qui peut demeurer dans les comptes bancaires à Dubaï ou off shore de notre ancien président de la République. Un véritable trésor que 12 années passées à la tête du Sénégal, ne peuvent pas justifier, mis à part l’évocation de princes arabes ou de « tontons d’Amérique ».
La seconde difficulté est que si la Justice accepte et conforte cette explication, c’est la porte ouverte à tous les alibis, et d’ailleurs les convoqués à Colobane s’en sont déjà servis, c’est l’alibi du Tonton du Point E, à savoir Abdoulaye Wade lui-même. Ils doivent tous leurs fortunes de leur « Tonton du Point E ». Ils l’ont répété à l’envi, et là on se rend compte du trésor de guerre dont dispose ce clan qu’on n’ose pas encore qualifier de mafieux. Des sommes vertigineuses qui peuvent mettre à mal et déstabiliser n’importe quel régime en place. Macky Sall a de quoi se méfier.
En effet, ça sent le gaz et l’interview de Jean Paul Dias au journal « Le Quotidien » n’est pas pour rassurer quant aux effets dévastateurs de cette curée. Il déclare sans même frémir que la chèvre peut brouter quelques brins d’herbe, brouter quelques centaines de millions, voire un milliard, mais que les chèvres libérales auxquelles, il fait allusion ont, elles, arraché toute la pelouse. Il ne blâme pas le vol, il s’horrifie du montant. C’est vrai que de son temps, il avait lui, choqué l’opinion sénégalaise en jetant son dévolu sur la pelouse des retraités de l’Ipres en y réclamant un salaire indécent et des avantages scandaleux sous nos tropiques.
Le ton va monter encore du fait de la qualité de l’émetteur de ces chèques, à savoir Abdoulaye Wade. Sylla ne peut aller en taule sans l’émetteur, c’est comme si une victime d’un chèque sans provision allait en prison à la place de celui qui l’a émis. C’est la quadrature du cercle à laquelle est confronté Macky Sall, lui qui a déclaré qu’Abdoulaye Wade ne pouvait être poursuivi, renforcé dans sa mansuétude par le procureur de la Crei qui a renchéri en disant à "Jeune Afrique" que poursuivre Wade ne correspondait à nos mœurs.
Que va-t-on faire d’Abdoulaye Wade ? Versailles ou Kédougou ? That is the question… En attendant d’y répondre, la situation est explosive, car ça sent le gaz et il circule beaucoup de personnes qui jouent avec des allumettes.






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