
NETTALI.NET - La tourmente dans laquelle est pris le groupe Futurs Médias, et la tempête dans le verre d’eau où se noient Imams et magistrats qui souhaitent nous faire leçons de bonnes mœurs, constituent à coup sûr une excellente photographie de notre société médiatique.
A force de sombrer dans une démagogie à deux balles, vantant les mérites d’une presse proche et en accord avec notre « culture », notre « cossan » comme ils aiment à s’en gargariser, nos journaux et nos télévisions privées se sont elles-mêmes mises borderline et se sont retrouvées piégés par leur propre logique commerciale.
Au-delà des problèmes de salaires disparates et inégaux, révélés par une fuite du listing des émoluments du personnel de ce groupe de presse, se pose la question de la logique du marché. Ces disparités salariales qui ont choqué les employés de la Rfm, de l’Observateur et de la Tfm, obéissent à une implacable logique commerciale. Les éléments syndiqués dans ces boites sont souvent des journalistes, et pour nombre d’entre eux, ils ont participé grandement à la naissance et à l’essor de ce groupe de presse. Ils sont en première ligne et en sont, croyaient-ils, les vedettes incontestables.
Or, voilà qu’on apprend que d’insignifiantes midinettes, au cursus scolaire inexistant ou insignifiant (enfin pas toutes) sont traitées de manière royale et émargent à des niveaux insoupçonnés, en rapport avec leurs prestations, lesquelles relèvent plus du domaine de la distraction, de l’amusement et de la gaudriole. On ne peut quand même pas leur en vouloir d’avoir bien négocié leurs salaires, d’autant plus qu’avec le boum de la télévision, c’est la loi du plus offrant. Ce qui n’est certainement pas le cas dans la presse écrite, si on considère les choses de manière globale. Il y a aussi la magie de l’écran qui en rajoute et qui fait de ce médium, un support de loin plus populaire et plus valorisé que le papier journal qui n’est réservé qu’aux seuls instruits.
Maintenant qu’un journaliste qui sort du Cesti, qui travaille à la Rts, transpire deux semaines et produise un magazine de 26 minutes sur un sujet politique ou social, et avec talent, fasse avancer la connaissance et nourrisse le libre-arbitre de ses concitoyens, soit payé avec des queues de cerises, on peut trouver cela injuste sur le principe.
Que l’Obs du fait de sa notoriété et de son succès assis par des dirpub partis sous d’autres cieux et des journalistes chevronnés, draine une manne publicitaire très importante et soutienne le groupe, et que ses journalistes et reporters se sentent lésés de par leur rémunération… Cela peut aussi se comprendre.
Mais ici, le journaliste ou le reporter n’aura produit que de la matière grise, notion on ne peut plus dévalorisée sous nos latitudes. Des magazines mort-nés sur la santé ou l’éducation, ont été mis sur orbite et se sont évaporés faute de sponsors qui n’y voyaient aucun intérêt à y associer leurs produits et leurs marques.
Si aujourd’hui, des émissions comme celles qu’animent les Nouvelles Stars de nos télés font un carton, il peut être concevable que faisant de l’audience, ces stars en question ramassent les dividendes des masses publicitaires que leurs niaiseries attirent. Les produits veulent être regardés, et ces émissions sont vues par les cibles de ces marques.
Ce qu’il convient de tirer comme leçon à cet imbroglio syndical, c’est que c’est le marché qui a fait sa loi, et il est normal que ceux ou celles qui ont attiré le plus de téléspectateurs ramassent les dividendes. Pour illustrer ces propos, en les caricaturant dans le cas précis de la Tfm, il n’est pas illogique qu’Amina Poté gagne presque autant qu’un responsable, puisque le vide sidéral dégagé par « Dakar ne dort pas » attirerait plus de monde que l’intéressante émission « Questions Directes » ou que le magazine très bien construit de Khalifa Diakhaté.
Ils ne doivent s’en prendre qu’à eux-mêmes d’avoir voulu, faire une télé culturelle, pardon populaire, « une télé qui vous ressemble » disaient-ils. Ils l’ont !!! De quoi se plaignent-ils alors ? Ce succès a un goût amer. Il pose un véritable dilemme aux créateurs qui pullulent dans nos médias et qui peut se résumer en une question à la saveur acerbe : « Pourquoi se casser la tête à vouloir faire de la qualité, alors qu’en faisant de la m…de, on s’en fout plein les poches ? » That is the question. Mais au fond, s’il n y avait pas cette feuille qu’on a laissé traîner, il y aurait pas eu tout ce vacarme puisque le salaire est perso.
Mais ce que tout cela révèle, c’est que la vulgarité se vend bien. Et les filles que sont Miss Diongoma et Mbathio Ndiaye en ont fait leurs choux gras, leurs succès et leur notoriété, mais en ont subi les conséquences négatives, ceci à leur corps défendant. Les Imams se sont émus, les magistrats s’en sont saisis et les grands-places en ont fait des sujets de conversations passionnés.
A-t-on besoin des fatwas des Imams pour refuser d’acheter des quotidiens qui osent juxtaposer en toute indécence les fesses de notre Miss Diongoma et la guerre au Mali ? L’aurait-on fait pour seulement 25% d’entre nous, cela aurait peut-être poussé nos éditeurs de journaux à revoir leurs indécentes copies. Mais non, c’est ce qui fonctionne et ils le savent, alors ne nous en prenons pas à ces pauvres filles, mais à notre goût pour le salace et le scandale. Nous aurions été unanimes à applaudir nos imams et nos magistrats, s’ils avaient pointé pour les fustiger les errements de gestions de certains leaders politiques et responsables de la bonne marche de notre Sénégal.
Nos journaux vivent de notre propension à toujours désirer des sujets qui heurtent et les préférer à des sujets qui nous informent sur nos écoles en souffrance, nos hôpitaux en déliquescence, ou à des informations qui revalorisent notre culture et font l’apologie des hommes qui serviraient d’exemple. Ils liront toujours plus facilement un papier sur un tel qui a volé ou violé qu’un reportage sur un autre qui a inventé une chose utile et nécessaire. C’est ainsi. Ce qui compte c’est le tirage. Le « Vain est tiré… Il vous faut le boire ».






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